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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1008

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bergers ne reviennent pas toujours aux mêmes lieux, de sorte qu’ils sont insaisissables. Comme les montagnes leur sont louées généralement à bas prix, leurs troupeaux sont pour eux d’un excellent rapport ; ils paient très exactement, dit-on, le loyer des terres, et amassent quelquefois des fortunes assez considérables, Ainsi dans l’état présent des choses le sol des montagnes est exploité par des étrangers nomades et fugitifs moyennant une petite prime payée aux propriétaires. L’état grec retire de ses locations un revenu annuel d’environ 200,000 francs, revenu assis sur une très vaste étendue de pâturages. En y réfléchissant, les Grecs qui s’occupent de ces matières ont très bien compris que ce revenu est illusoire, car les moutons et surtout les chèvres rendent impossible la reproduction des forêts sur des montagnes qui souvent se reboiseraient toutes seules, si elles étaient abandonnées à la bonne nature. La chèvre, comme on le sait, ne laisse subsister aucun arbuste ; elle les coupe dès leur naissance ou elle les attaque par leurs jeunes pousses et par leur écorce. Si tant de montagnes grecques sont dénudées, cela est dû certainement aux bergers nomades et à leurs troupeaux. Le fléau de la vaine pâture s’abat chaque année depuis plusieurs mille ans sur ce malheureux pays. Si l’état perd plus qu’il ne gagne à ce genre d’exploitation, le même mal atteint les particuliers, car, indifférens à l’avenir de ces montagnes, les nomades font paître leurs animaux là où il devrait y avoir des cultures ou des forêts, et ils découragent les efforts des propriétaires, tout en les exposant au pillage des bandits de leur race.

Tout le monde semble avoir intérêt à ce que la pâture nomade soit abolie. Si le gouvernement grec interdisait aux Vlaques l’entrée du territoire, il renoncerait à ses 200,000 francs, et il ferait perdre aux particuliers le prix de leurs locations ; mais ceux-ci, débarrassés en grande partie du fléau qui les éloigne de leurs propriétés, y organiseront le service des troupeaux, comme on l’a fait chez nous : ils auront sur leurs terres des moutons à eux avec des bergers hellènes payés par eux et ne quittant jamais la place. Ils auront aussi des bergeries pour la mauvaise saison et des cultures pour l’époque où la montagne ne fournit plus assez d’alimens. Un petit nombre d’années peut suffire à cette transformation. Les Vlaques resteront dans le nord, en Turquie, et le sultan fera d’eux ce qu’il voudra ; s’il agit comme les Grecs, il forcera les montagnards à quitter la vie nomade et à rentrer dans la société civilisée. S’il ne prenait à cet égard aucune mesure, il est probable que des bandes viendraient encore infester le nord de la Grèce ; cependant leurs invasions iraient en diminuant. Des bergers sédentaires, ayant les mêmes intérêts que les maîtres, seraient nécessairement les ennemis des brigands. Aujourd’hui les Vlachopimènes sont les soutiens