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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1006

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passé, on n’a plus entendu dans toutes les réunions d’hommes et même de femmes qu’une seule conversation, les uns cherchant à démêler les causes de la catastrophe, les autres à y remédier. Comme il a été dit sur ce sujet beaucoup de choses erronées, je vais essayer de résumer ce qu’il paraît y avoir de plus urgent à faire dans les circonstances présentes. Je n’ai pas la prétention d’apporter une solution nouvelle ; je crois au contraire que toutes les idées pratiques ont été émises, et qu’il s’agit principalement de les coordonner.

J’ai déjà fait allusion à l’idée mise en avant par la presse anglaise d’une occupation militaire de la Grèce ; je n’ai pas besoin d’y revenir : on devine aisément ce que pourrait faire un bataillon européen, nécessairement mal vu des habitans des villes et incapable d’atteindre dans des montagnes inconnues et presque inaccessibles des bergers qui échappent des mois entiers aux soldats et aux autorités hellènes. Je pense même que si l’Angleterre, seule ou de concert avec d’autres puissances, occupait tout le pays, elle ne pourrait atteindre les Vlaques que par le moyen des régimens grecs. Il vaut donc mieux renoncer à une expédition odieuse et laisser le gouvernement du roi George remplir à lui seul son devoir. Ce qu’il a détruit de brigands et de bandes depuis le meurtre des étrangers a prouvé ce qu’il sait faire quand il veut et quand il peut agir. Le pousser par une action morale à la poursuite active des malfaiteurs ne lui donnera pas une conscience plus forte du devoir qui lui incombe ; l’explosion de douleur et de honte dont il vient d’être témoin est une démonstration supérieure à toutes les autres. Cependant je ne crois pas mauvais que les puissances européennes agissent en ce sens par voie de conseils fortement exprimés, toutefois sans rien imposer par la violence, sans dire : « J’exige. » Ce mot est celui du maître à l’égard de l’esclave, et puisque la Grèce est libre, ce serait mal contribuer à son éducation politique que de lui ôter d’une main ce qu’on lui laisse de l’autre, car rien n’est plus de jeter la confusion et le désordre dans l’esprit d’un peuple. Cette exigence d’ailleurs ne reposerait sur aucun droit ; mais puisqu’il s’agit d’extirper les capable dernières racines du palicarisme, l’appui moral des puissances protectrices peut donner une grande force au pouvoir et à la justice. Beaucoup de Grecs le désirent, ceux qui le craignent font soupçonner qu’ils ont quelque intérêt à couvrir la vérité ; je crois néanmoins que le nombre de ces derniers est très petit. Si beaucoup de personnes se sont compromises avec les brigands en leur laissant prendre dans leurs propriétés les choses dont ils avaient besoin, au fond elles ont été les premières victimes de ces malfaiteurs, et elles sont aussi les premières à désirer qu’on les en délivre.