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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/1002

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légitime qu’elle peut être utile ; il est nécessaire que chacun d’eux fasse connaître à quelle nation il appartient. Quant à la race, quelques personnes pensent que le nom de Vlaques est synonyme de Valaques, et d’autres considèrent ces bergers comme un reste de la grande invasion slave qui du nord s’est étendue sur le Danube, le Rhodope et la partie septentrionale de la péninsule hellénique. Ce sont là de simples hypothèses, car non-seulement l’identité des noms n’est pas démontrée, mais les Valaques sont des habitans des plaines, des cultivateurs et non des bergers, et leur type est tout contraire à celui des pasteurs de la Grèce.

Quand on étudie avec quelque soin la distribution des races et des professions dans la Turquie d’Europe et d’Asie, on ne tarde pas à s’apercevoir que les bergers nomades sont répandus sur toute la chaîne du Pinde depuis Sunium et l’isthme de Corinthe jusqu’à son extrémité septentrionale. Au-delà du chemin qui va de Salonique à Belgrade en traversant les montagnes basses qui séparent la chaîne du Pinde de celle du Balkan, on trouve une dernière arête qui s’étend de l’ouest à l’est, formant la limite méridionale du bassin du Danube. Le système des bergers nomades y règne dans toute sa vigueur, avec les seules différences qu’entraîne celle du climat et de l’orientation de la chaîne. Il n’y a pas un grand contraste entre la condition des pasteurs du Balkan et celle des pasteurs du Pinde. Ceux du Balkan sont entourés d’hommes d’une autre race qui forment la majorité des populations entre la Mer-Noire et l’Adriatique ; ces populations portent le nom d’illyriens en ethnographie. De même dans le Pinde, les Vlachopimènes forment comme une traînée répandue sur l’arête des montagnes et tout à fait étrangère aux races sédentaires qui occupent les plaines et les cités. D’après ce que nous pouvons savoir, il n’y a pas de différence de race entre les nomades du Balkan et ceux du Pinde ; ni les uns ni les autres ne sont des Illyriens. Ceux-ci, Slaves d’origine, se sont répandus dans les vallées au sud du Danube, et ont abandonné les sommets incultes des montagnes aux anciens possesseurs. Il est donc arrivé là ce qui est arrivé dans tout l’Occident : les conquérans ont pris les bonnes terres et ont négligé les hauts pays. Les Gaulois avaient fait de même avec les Basques, les Romains avec les Celtibériens, les Arabes avec les Espagnols, les Goths, les Lombards avec les peuples de l’Italie, les Hellènes aussi avec les populations plus anciennes qu’ils trouvèrent en Grèce lors de leurs invasions.

J’en conclus que les Vlaques ne sont pas des Slaves, mais qu’ils ont été confinés par les Slaves dans les hautes régions des pays illyriens, et que le nom de Balkan donné à l’Hémus signifie là montagne des Vlaques. Quant à celui d’Albanais ou d’Arvanais ou