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quels étaient jusqu’au milieu du XVIIe siècle les moyens d’action d’un gouverneur dans une grande province pourvue d’états périodiquement assemblés ? Le pouvoir administratif, confondu avec l’autorité militaire, ne disposait, avant la création des intendans, d’aucun agent proprement dit. Le gouverneur, presque toujours représenté par un lieutenant-général, n’avait à sa disposition, en cas de conflit avec les pouvoirs locaux, que ses gardes, dont les états étaient appelés chaque année à fixer la dépense, en même temps qu’ils votaient sous forme de dons les allocations attribuées au gouverneur lui-même, à sa famille, à ses secrétaires et à sa maison. Le dépositaire de l’autorité royale dans la province avait sous ses ordres, il est vrai, trois ou quatre régimens et quelques compagnies de gendarmerie appelés pour tenir garnison dans un très petit nombre de places fermées ; mais, loin d’ajouter aux moyens d’action du gouverneur, ces régimens étaient pour lui l’occasion de difficultés perpétuelles. Quelquefois les villes refusaient de les recevoir, arguant de leurs privilèges ; le plus souvent elles leur contestaient l’octroi des vivres ou du logement. Dénuées de toutes ressources financières autres que les taxes de consommation qu’elles s’imposaient elles-mêmes pour certains objets déterminés, les villes ne manquaient jamais de s’abriter derrière les états, et, en faisant les fonds demandés pour l’entretien des garnisons, ceux-ci entraient dans les plus minutieux détails de réglementation afin d’en limiter le chiffre. Jusqu’au ministère de Louvois, il n’y avait rien de plus précaire en Bretagne que le sort des régimens établis dans certaines places de l’intérieur, sans vivres, sans couvert bien assurés, et qui se trouvaient souvent contraints par les résistances municipales à vivre de maraudage dans les campagnes.

Je ne voudrais pour exemple de l’impuissance à laquelle étaient fréquemment condamnés, au XVIe siècle, les dépositaires les plus élevés de l’autorité royale que les événemens accomplis dans la seule ville de Nantes depuis la nomination du duc de Montpensier jusqu’au jour où il fut remplacé comme gouverneur de Bretagne par le jeune duc de Mercosur. Dans le cours de ces dix années, il se passa à peine un jour qui ne fût signalé par un conflit entre M. de Bouillé, lieutenant-général pour le roi dans le comté de Nantes, et cette quinteuse communauté nantaise, à cheval sur ses privilèges, toujours disposée à prêter de l’argent au roi, mais toujours résolue à le lui refuser, s’il prétendait au droit de l’exiger. Respectueuse pour le duc de Montpensier et pour M. de Bouillé, son représentant, la municipalité se dédommageait largement en contrecarrant en toute occasion M. de Sanzay, lieutenant du château, et celui-ci ne manquait pas de rendre la pareille à M. le maire et à messieurs du corps de ville. Rien n’était d’ailleurs plus mal