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notre sujet en donnant une rapide esquisse de l’état de cette contrée. Fort pauvre quant aux productions du sol, elle se compose en grande partie de plaines arides et sablonneuses au milieu desquelles s’élèvent plusieurs villes qui, en dépit de l’oppression chinoise, sont encore des centres commerciaux importans. La principale cité, Kachgar, occupe relativement à l’Asie centrale la même position que Kiakhta pour la Sibérie ; Canton et Chang-Haï pour les nations européennes. Des routes assez bien entretenues, sur lesquelles sont échelonnées des urtengs ou stations, relient entre elles les différentes localités ; les voyageurs isolés et les petites caravanes y trouvent des vivres et des fourrages ; enfin des postes télégraphiques y sont établis pour transmettre les nouvelles en cas de guerre ou d’insurrection. Bien que la Tartarie chinoise passe pour appartenir depuis des siècles au Céleste-Empire, il, n’y a guère plus de quatre-vingts ans qu’elle lui a été réellement incorporée ; mais des différences profondes de race, de coutumes et de croyances séparent les deux peuples. Les Turcomans orientaux, sectateurs fougueux de Mahomet, ne se soumettent qu’en frémissant aux disciples de Confucius, et la cour de Pékin n’a jamais pu asseoir solidement sa domination en ce pays. Des rébellions fréquentes rendent par intervalles un pouvoir éphémère aux anciens chefs, les hodjas, soi-disant descendans du prophète ; mais les Chinois ne tardent pas à reprendre les villes insurgées, et ces conflits amènent à leur suite des exécutions sanguinaires, le premier soin du parti victorieux étant toujours de mettre ses ennemis à mort. Au commencement de l’année dernière, une nouvelle révolte éclata dans les villes de Kachgar et d’Yarkend, et il ne paraît pas que jusqu’à ce jour les troupes du Céleste-Empire soient parvenues à y rétablir l’autorité des mandarins. Toutefois les habitans ne se sont dérobés au joug des autorités chinoises que pour passer sous un autre. Chassés de leur pays par l’invasion russe, les Kokandiens ont envahi la Tartarie orientale, que ses divisions intestines ont livrée sans défense à ? cette irruption imprévue.

Tel est le vaste champ de bataille où se joue peut-être à l’heure qu’il est l’avenir de l’Asie, et où les Russes ont accompli depuis quelques années un progrès presque continu ; c’est ce mouvement trop peu observé dont nous nous proposons de présenter au lecteur les phases les plus importantes et les derniers résultats.


II

Fidèle au rôle que lui assigne son heureuse situation entre les deux continens, l’empire moscovite travaille avec un succès inégal, mais avec une suite qu’on ne peut, quoi qu’on fasse,