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sont pas les seules créatures qui éprouvent le besoin d’une aération énergique. Certains éleveurs pensent que le séjour des animaux de l’espèce bovine dans une étable ventilée d’une façon imparfaite contribue à l’engraissement et à la production du lait ; mais les bêtes de travail ne sont maintenues en état de vigueur et de santé qu’autant que l’air et l’espace leur sont largement octroyés. Un savant vétérinaire, M. Renault, a signalé l’influence fâcheuse que l’exiguïté des écuries exerce sur les chevaux de l’armée, et les inconvéniens qu’il a signalés ont été le point de départ de réformes utiles.

Plutôt que de suivre jusque dans leurs plus modestes applications les principes de la science moderne du chauffage et de la ventilation, peut-être aimera-t-on mieux connaître ce que les pays étrangers ont accompli dans le même sens. Sur ce sujet, de même qu’en tout ce qui touche au bien-être intérieur, c’est en Angleterre que l’on trouvera les progrès les plus sensibles. Le docteur Reid, auteur d’un traité de ventilation publié en 1844, paraît être l’un des premiers qui se soient occupés des effets si variés de la circulation de l’air. Ce savant, qui professait la chimie à Edimbourg, avait installé dans diverses maisons des systèmes de ventilation par appel, auxquels il attribuait une importance peut-être exagérée. L’un des exemples qu’il en cite est au moins curieux. Il avait appliqué ses idées sur l’assainissement à la salle à manger d’un des clubs d’Edimbourg. Le compte-rendu du premier dîner qui y fut donné mérite bien d’être reproduit. « Pendant tout le temps du repas, dit le docteur, les convives ne firent aucune remarque spéciale ; mais le maître d’hôtel, qui connaissait bien leurs habitudes, fit remarquer aux commissaires que l’on avait consommé trois fois plus de vin que ne le faisait d’ordinaire la même société dans la même salle éclairée au gaz et non ventilée. Il ajouta qu’il avait été surpris de voir des convives qui ne buvaient d’habitude que deux petits verres de vin en, consommer sans hésiter plus d’une demi-bouteille, que d’autres dont l’usage était de boire une demi-bouteille en avaient pris une et demie, et qu’en définitive à la fin du repas il avait été obligé de faire chercher beaucoup plus de voitures pour reconduire les convives chez eux. » Le docteur Reid cite encore à l’appui du même fait que dans certaines manufactures, où les procédés de ventilation avaient été installés, les ouvriers acquirent un tel appétit que le salaire habituel ne suffisait plus à payer leur nourriture. Ceci n’est pas invraisemblable, sauf l’exagération propre à tout inventeur, car la ventilation, en facilitant les fonctions vitales, doit accélérer le travail de l’estomac. Elle exerce aussi sans contredit une influence favorable sur les fonctions de l’intelligence.