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effets salutaires incontestables, et pour l’une de ces salles, celle du Théâtre-Lyrique, des observations thermométriques, continuées avec persévérance pendant un mois d’hiver, firent reconnaître que la température restait toute la soirée entre 20 et 23 degrés à l’orchestre et au balcon, ce qui est une température très convenable lorsque la ventilation ne fait pas défaut, et que chaque spectateur recevait près de 40 mètres cubes d’air par heure. Dans les autres théâtres de Paris, même les plus spacieux, il n’est pas rare que le thermomètre marque 28 ou 29 degrés, tandis que le volume d’air pur introduit est au plus de 10 mètres cubes par spectateur. En comparant ces chiffres avec ceux qui précèdent, on aura la mesure de ce que des appareils perfectionnés peuvent faire pour la salubrité d’une salle de spectacle. Par malheur, les appareils de chauffage et de ventilation coûtent cher en frais de premier établissement ; ils coûtent encore par la consommation insolite de gaz et de charbon qu’ils exigent, et enfin ils demandent l’attention soutenue, non d’un savant, mais d’un praticien qui sache proportionner l’activité des mouvemens de l’air à la température extérieure ou intérieure, au nombre des spectateurs, à la durée des représentations. Faute de soins assidus, les appareils deviennent bien vite inutiles. On cesse de les faire fonctionner, et les tuyaux d’arrivée d’air s’obstruent ou restent clos par incurie. Dans les théâtres et dans d’autres salles de réunions nombreuses, il est arrivé plus d’une fois que l’on a perdu par négligence le bénéfice d’appareils établis au prix d’une dépense considérable.

Les procédés appliqués à l’assainissement des églises, des prisons, des hôpitaux et des théâtres s’appliquent tout aussi bien, on le comprend, aux autres lieux d’habitation. Les écoles et les maisons d’éducation en peuvent faire leur profit, Les ingénieurs militaires demandent à l’industrie récente de la ventilation les moyens d’améliorer l’état sanitaire des casernes. Certains ateliers, rendus insalubres par la nature des opérations qui s’y exécutent, deviennent suffisamment sains par l’emploi de ventilateurs mécaniques ; telles sont les affineries d’or et d’argent, les aiguiseries et en général toutes les industries qui se livrent à des opérations chimiques. Une bonne ventilation combinée avec un chauffage rationnel ne serait pas moins utile dans un grand nombre de petits ateliers que dans les usines. C’est ainsi que la plupart des ouvriers en métaux conservent auprès d’eux un brasier de charbon de bois dont les gaz méphitiques pourraient être à peu de frais dirigés vers une cheminée d’appel. Darcet, qui consacra une partie de sa vie à l’amélioration des ateliers insalubres, avait appliqué les mêmes idées à l’assainissement des salles de dissection. Enfin les hommes ne