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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/961

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détention, étaient une juste aggravation de la peine que le condamné devait subir. N’est-ce pas un contre-sens, disait-on, de placer les hommes que la loi frappe d’un châtiment en de meilleures conditions sanitaires que l’ouvrier honnête dans sa mansarde ou dans son atelier ? Ces préjugés barbares ont fait place à des idées plus humaines : la privation de la liberté et la sévérité de la discipline, telles sont aujourd’hui les bases de la répression. Hors de là, tout ce qui contribue à améliorer l’état sanitaire d’une prison est considéré comme un devoir social. La ventilation et le chauffage sont dans ce cas. Il n’y a peut-être pas beaucoup d’intérêt à s’en occuper dans les maisons de détention où les prisonniers vivent et travaillent dans de grandes salles communes. C’est au contraire une question vitale dans les prisons cellulaires, où chaque détenu est réduit à l’espace le plus strictement nécessaire. Aussi, avant même que la construction de la prison Mazas ne fût terminée, on étudiait les moyens de renouveler l’air dans les cellules qui la composent. Une commission de savans et d’architectes qui avait été chargée d’examiner les projets proposés par divers inventeurs fit à cette occasion de curieuses expériences. L’un de ses membres, M. Leblanc, chimiste distingué, se laissa renfermer, pour y faire des essais sur sa propre personne, dans une cellule de la Conciergerie dont la porte et les fenêtres avaient été calfeutrées avec soin. L’air pur y arrivait d’un côté par un orifice dont l’ouverture pouvait varier, et l’air vicié était appelé au dehors d’un autre côté. Pour que l’expérience fût complète, on avait disposé dans un coin de la chambre le siège d’aisance dont les cellules de la prison Mazas devaient être pourvues. Il fut alors constaté qu’avec 6 mètres d’air pur par heure l’atmosphère de la cellule devenait bientôt infecte ; avec un renouvellement de 10 mètres cubes, l’air ne manifestait au contraire aucune odeur désagréable, et l’observateur, après une détention prolongée, n’y éprouvait ni gêne ni dégoût. On s’assura même par une analyse chimique que les quantités d’acide carbonique et de vapeur d’eau contenues dans l’enceinte ne s’éloignaient pas des proportions habituelles. La commission se crut donc autorisée à conclure qu’il suffirait de donner aux détenus un volume d’air de 10 mètres cubes par heure ; mais ce chiffre fut plus que doublé par la suite, car on reconnut que certaines organisations maladives ne sauraient se contenter du volume d’air qui suffit à l’individu en bonne santé. Dans l’état actuel, chacune dès 1,200 cellules de la prison Mazas reçoit 25 mètres cubes d’air frais par heure. L’air de ventilation est chauffé en hiver au contact de tuyaux à eau chaude, si bien que la température de jour n’est jamais inférieure à 15 degrés centigrades. L’air expulsé descend par les tuyaux qui servent à l’écoulement des déjections. Toute cette installation est l’œuvre