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glisse à la surface et redescend contre les parois de la pièce en se refroidissant à ce contact, pour revenir enfin prendre sa place au-dessous de la source de chaleur. Si nul obstacle ne s’oppose à ce mouvement, voilà tout l’air d’une chambre mis en branle par l’action d’un seul foyer de chaleur. Les physiciens vérifient ce phénomène au moyen de petits ballons pleins de gaz et alourdis juste au point de se tenir en équilibre dans l’air d’une pièce close. Renfermés dans une chambre au centre de laquelle est un poêler ces ballons obéissent à tous les souffles. On les voit s’élever au-dessus du poêle, suivre les murs et revenir à leur point de départ. Dans cette expérience, le circuit se ferme sur lui-même ; il n’y a que déplacement. Lorsque le foyer de chaleur est une cheminée, le résultat est tout autre parce que le fluide ; en mouvement vient s’engouffrer dans le tuyau de fumée et s’échappe au dehors ; mais cette évacuation est compensée par une introduction d’air frais qui s’insinue par les fissures des portes et des fenêtres. Cette fois il y a réellement ventilation, et même en général ventilation très active, puisque l’on estime qu’une cheminée de dimension ordinaire, modérément chauffée, enlève de 1,000 à 1,200 mètres cubes d’air par heure. En réalité, le renouvellement est trop rapide, ce qui contribue à refroidir l’appartement, et il n’est pas efficace à proportion, parce que des courans directs s’établissent entre les ouvertures et la cheminée, en laissant sur leur passage une impression de froid, tandis que certaines parties de la chambre conservent à l’état stagnant les émanations des personnes qui y séjournent.

Il n’était peut-être pas inutile de rappeler ces principes élémentaires, qui sont l’origine de tout système de ventilation. A moins que la vitesse de l’air ne soit bien considérable, on ne s’aperçoit guère qu’il est agité, ce fluide qui nous enveloppe de toutes parts étant invisible ; mais si l’on se souvient que l’air est infiniment plus mobile que l’eau, et que d’autre part on fasse attention aux remous, aux tourbillons, aux girations que produit une rivière quand quelque obstacle, tel qu’une écluse ou un pont, en entrave le libre cours, on aura une idée affaiblie de l’agitation qu’éprouvent autour de nous les flots inaperçus de l’atmosphère. Ce que l’on considère moins encore dans les usages ordinaires de la vie, c’est la prodigieuse quantité d’air pur qu’un seul individu transforme en gaz délétère. L’homme vicie l’atmosphère par la respiration pulmonaire et par la transpiration cutanée, et en outre par des émanations méphitiques, insensibles le plus souvent chez une personne isolée, mais très perceptibles dans les assemblées. L’acide carbonique et la vapeur d’eau, résidus de l’action vitale, ainsi que les matières organiques que ces gaz entraînent avec eux, corrompent l’air intérieur des