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Partie sud qu’arrivent les dérivations, c’est là que la pluie, les périls et le vent sont le plus considérables, c’est le bord dangereux, tandis que le côté nord est relativement inoffensif. Pendant l’action, deux quantités d’air se sont mêlées ; elles venaient, l’une du courant supérieur, l’autre du courant polaire avec leurs vitesses propres ; après leur réunion, elles n’ont plus qu’un mouvement commun qui fait marcher lentement le phénomène, et celui-ci promène toujours dans le même sens et presque dans la même route sa désastreuse régularité.


VII

C’est en 1831 que M. Redfield publiait ses idées sur les cyclones, et c’est en 1838 que M. Dove les confirmait en Allemagne. Depuis cette époque, la question parut faire un pas en arrière. De 1835 à 1841, M. Quetelet, réunissant des observations insuffisantes, crut pouvoir affirmer que de grandes ondes atmosphériques, les unes hautes, les autres basses, se succédaient et se poursuivaient sans cesse de l’Atlantique à l’Oural. Ces interprétations étaient généralement adoptées, lorsque se produisit en 1854 un fait qui eut beaucoup de retentissement. Une tempête formidable avait ravagé la Mer-Noire pendant la guerre de Crimée, et, sous l’inspiration du maréchal Vaillant, M. Le Verrier, comme autrefois Brandes, avait demandé à tous les météorologistes la communication des observations qu’ils avaient faites à cette époque. J’ai rapporté tout au long cet événement dans la Revue et montré comment M. Le Verrier, sans se préoccuper des travaux de MM. Redfield et Dove, avait expliqué la tempête de Balaclava par une série d’ondes successives. C’était une erreur : cette tempête était un cyclone bien caractérisé.

Cette erreur n’a aucune importance ; mais l’enquête eut un grand effet moral. Elle apprenait aux savans et aux marins qu’une tempête met dix jours pour traverser l’Europe, que rien ne serait plus facile que d’avertir les marins et les cultivateurs de son arrivée, et déparer aux désastres qu’elle apporte en les annonçant. Sous la pression de l’opinion publique, la Société royale de Londres proposa un plan d’organisation météorologique, et le parlement s’empressa de voter un subside annuel de 80,000 francs pour créer auprès du board of trade un bureau spécial. Un homme de savoir, marin expérimenté et météorologiste habile, l’amiral Fitz-Roy, fut chargé d’organiser ce nouveau service. Dès 1861, il avait imaginé et mis en pratique un système d’avertissemens qui annonçaient à tous les ports la probabilité des temps favorables ou dangereux. Je n’ai pas à exposer ni à juger les bases de ces prévisions ; ce que je