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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/941

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matin, le baromètre est à 751, le vent souffle par rafales violentes du nord-est ; à huit heures, le baromètre est à 745, la houle monstrueuse et le nord-est en coup de vent. Il n’y avait plus à en douter, un cyclone se dirigeait sur nous avec une effrayante rapidité. Le nord-est fixe, augmentant de force au fur et à mesure que le baromètre baissait, m’indiquait clairement que nous étions sur la ligne de translation du centre de ce météore, qui courait au nord-ouest, et de plus que nous étions fatalement destinés à recevoir ce centre. A midi, le baromètre est à 730, à trois heures à 725 ; le nord-est est épouvantable, la mer à faire frémir. De cinq et demie à sept heures, le baromètre est à 714. Nous sommes soumis à la plus effrayante tempête qui se puisse imaginer. Quant au vent, ce sont non plus des rafales, mais des rugissemens. Vers six heures et demie, nous sommes le jouet d’un affreux tourbillon qui soulève tout sur le pont et fait tournoyer les objets en les élevant jusqu’aux barres d’artimon. Les mâts et les vergues plient comme des joncs. Heureusement personne n’est emporté ; mais nous n’avions pas de trop de toutes nos forces pour nous empêcher de l’être.

« Encore quelques instans, et le centre allait être sur nous. Vu l’état du temps, rien ne pouvait sauver le navire d’une destruction complète. C’est alors que nous engageons et menaçons de chavirer. Dans ce moment suprême et plein d’horreur, j’ordonnai de lancer la machine et de mettre la barre au vent… Une demi-heure après, le vent saute progressivement du nord-est au nord-ouest, le centre venait de passer sur notre arrière. Immédiatement le baromètre commence son mouvement de hausse. A neuf heures, il est à 722, à onze heures à 740 ; à deux heures du matin, tout était terminé. »

Presque tous les météorologistes ayant donné une explication des cyclones, qe ne sera pas une grande témérité que de proposer la mienne. Je suppose que nous soyons en un point de d’hémisphère nord, et qu’une grande chute de pluie s’y produise tout à coup. Comme en se condensant la vapeur fait une place vide, la pression diminue subitement, et les dérivations descendantes arrivent en abondance au sud-ouest de l’endroit où il pleut ; elles y produisent leur effet accoutumé de faire tourner aussitôt le vent vers l’ouest en sens inverse des aiguilles d’une montre. A partir de ce moment, les courans équatoriaux et polaires sont agrafés et valsent ensemble en se. mêlant ; la force centrifuge ajoute son effet, et la diminution de pression augmente au centre. Cependant ce tourbillon ne durerait pas, si une force continue ne venait l’entretenir ; cette force est celle qui l’a commencé. En se mêlant, les deux vents produisent de la pluie ; celle-ci continue le vide, les dérivations continuent d’y affluer et de perpétuer la rotation des vents. Comme c’est à la