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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/936

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Pyrénées, qu’il prend en écharpe, et les Alpes maritimes, où il pleut souvent. Une fois dans le golfe du Lion, il se dilate, envoie un remous sur le fond de l’Adriatique, au-dessous du Tyrol, dans cet amphithéâtre de montagnes dont Venise est le centre, et qui est abrité des vents du nord. C’est le lieu le plus pluvieux de l’Europe. Toutes les chaînes de montagnes ont leur influence. L’Oural arrête les vents d’ouest, et c’est de là que part le courant polaire, chaud en été, froid en hiver, qui nous apporte le beau temps. Les vents du nord, arrêtés par le massif des Alpes, s’engouffrent dans la vallée du Rhône, vents rapides et desséchans : c’est le mistral ; ou bien ils débouchent par la Mer-Noire et passent sur Constantinople : ce sont les vents étésiens. Enfin l’Afrique échauffée provoque un alizé méditerranéen qui abrège le voyage quand on y va et qui l’allonge quand on en revient. Tous ces exemples prouvent que, si la pluie se prépare au loin dans les mers équatoriales, ce sont les accidens locaux qui en déterminent la chute, et les configurations locales qui occasionnent l’irrégularité de sa distribution. C’est une question de géographie physique, c’est presque une question de cadastre.


VI

Si toutes ces perturbations ne venaient troubler la belle ordonnance des courans généraux, si chaque année ramenait aux mêmes momens les mêmes saisons, il serait raisonnable d’étudier l’influence que peut avoir la lune, puisqu’elle serait la seule cause des troubles atmosphériques. Quoique faible, cette influence est incontestable ; elle n’a jamais été niée en principe, pas plus qu’elle n’a été constatée en fait. Peut-être même ne serait-il pas absurde de rechercher aussi l’action des matières cosmiques. Tout agit dans la nature : le coup de pied que nous donnons à la terre en ébranle la masse entière, et les étoiles filantes en font bien autant. Mais c’est montrer une bien grande innocence que de prêter la moindre attention à la lune ou aux bolides en présence des irrégularités que nous venons de mentionner, en présence surtout d’accidens fréquens et quelquefois épouvantables, venus de rien comme les avalanches et comme elles finissant par des désastres : ce sont les ouragans ou les typhons, dont je vais maintenant parler. Voici le récit authentique des ravages occasionnés par celui qui fut le plus terrible de tous et qu’on a nommé le grand ouragan.

Il vint du sud-est le 8 octobre 1780 à travers les petites Antilles. Il y coula la flotte de l’amiral Rodney et arracha les toits de tous les édifices. Le 10, il avait atteint les Barbades, où l’amiral