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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/930

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Cette circulation transversale amène les poussières de l’Afrique jusqu’aux Açores et même en Amérique ; elle maintient constante la composition de l’atmosphère, et surtout elle brasse l’air sec des continens avec l’air humide de la mer, afin de distribuer la pluie d’une manière à peu près égale sur tous les points du monde.


IV

Nous venons de suivre les vents dans leurs pérégrinations à la surface du globe et dans les hauteurs atmosphériques. Occupons-nous de savoir maintenant où et comment ils prennent la vapeur d’eau et la chaleur, pour les transporter sur les continens, pour arroser et réchauffer la terre.

Dans les contrées alizéennes, le courant polaire, descendu du nord-est, rafraîchit continuellement l’air ; mais il s’échauffe peu à peu et devient sec : alors toute pluie cesse, tout nuage disparaît, le ciel est clair, et le temps continuellement beau, Invariables dans leurs directions, les vents conduisent toujours les vaisseaux dans la même route, et la navigation devient si facile que les marins espagnols avaient nommé Lac-des-Dames la mer où ils avaient rencontré d’abord le vent alizé. Partout où il souffle, le baromètre cesse d’éprouver des variations irrégulières, puisqu’il n’y a pas de variations atmosphériques ; mais il indique le seul changement qui se fasse dans ces heureuses contrées, celui du jour et de la nuit, montant et baissant deux fois pendant vingt-quatre heures, comme les aiguilles d’une montre en parcourent deux fois le cadran.

A mesure qu’ils s’échauffent et se dessèchent, les vents alizés enlèvent à la mer et entraînent avec eux une quantité progressive ment plus grande de vapeur ; ils lui enlèvent en même temps de la chaleur. La physique, en effets nous enseigne que l’eau ne peut passer, à l’état gazeux sans un emprunt considérable de chaleur. Mettez de l’eau à zéro sur un fourneau ardent, chauffez-la jusqu’à la faire bouillir, et continuez le feu jusqu’à la vaporiser tout entière ; vous trouverez que pour la faire bouillir il faut un certain temps, que pour la vaporiser il en faut cinq fois plus, et vous conclurez que l’eau dépense cinq fois autant de chaleur pour être vaporisée que pour être échauffée de zéro à 100 degrés. Ainsi les vents alizés, en rasant la surface de la mer, font à la fois une grande provision de vapeur et une grande provision de chaleur. Ils arrivent ensuite des deux hémisphères, très-chauds et presque saturés, pour se rencontrer sur l’anneau d’aspiration, où ils s’élèvent obliquement de l’est vers l’ouest, et où ils vont produire des phénomènes qu’il est facile de prévoir.