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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/81

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faite! Mais Speke, en lui remettant une carte de son voyage, lui fit comprendre qu’il restait encore à compléter une importante découverte qui se rattachait à l’origine du Nil, celle du lac Louta-N’zigé, auquel lui-même n’avait pu se rendre; qu’aussi longtemps que la topographie de ce lac ne serait pas dressée, la solution du problème ne satisferait pas la science. Baker accueillit ces observations avec reconnaissance, et il fut résolu qu’il prendrait ce lac pour but de son voyage d’exploration.

Speke lui donna toutes les informations que son expérience put lui suggérer. Il lui fit connaître les contrées fertiles et giboyeuses où il pourrait facilement nourrir sa troupe et celles qu’il devrait éviter comme étant ou stériles ou malsaines. Il lui signala les chefs qu’il avait trouvés honnêtes et généreux et ceux qui s’étaient montrés soupçonneux et avares. Il l’instruisit sur les matières d’échange qui ont cours dans chaque tribu, et l’engagea surtout à se rendre auprès de Kamrasi, roi de l’Ungoro, dans les états duquel se trouve le lac Louta-N’zigé ou de la sauterelle morte. Il lui indiqua les moyens qu’il devrait employer pour obtenir le concours de ce personnage défiant et d’une rapacité sans bornes.

Après avoir passé onze jours à Gondokoro, Speke et Grant dirent adieu à leur ami, et, montant sur le navire que ce dernier avait mis à leur disposition, ils prirent gaîment le chemin de la patrie. Cette séparation, sous ces latitudes et dans les circonstances où se trouvait Baker, lui fut tout particulièrement pénible. Les premiers achevaient leur course, le second allait commencer la sienne. Ceux-là, heureux des succès qu’ils avaient obtenus, allaient raconter à leurs compatriotes leurs combats et leur victoire et enrichir la science de leurs belles découvertes; celui-ci avait devant lui l’inconnu, il ignorait s’il lui serait donné d’achever heureusement son entreprise, d’ajouter son obole au trésor des connaissances géographiques et de fouler encore les rivages de la vieille Angleterre. Le cœur gros, il leur serra la main, il ne put leur dire que ces mots : « Dieu vous bénisse! » et, suivant leur bateau du regard, il ne quitta le rivage que lorsqu’ils furent entrés dans le premier tournant, qui les déroba à sa vue.

Le mois qu’il dut rester encore à Gondokoro ne fut pas un des moins pénibles de son voyage. Cette plage, sur laquelle plus de six mille personnes étaient agglomérées, devenait insalubre. Une maladie pernicieuse sévissait dans cette multitude, et y faisait des brèches considérables. Notre voyageur y perdit un homme. Ses vingt et un ânes, qu’il avait débarqués dans d’excellentes conditions de santé, furent attaqués par des oiseaux au plumage gris-brun de la grosseur d’une grive. Munis de griffes et d’un bec très forts, ils se posaient sur le dos de ces animaux pour y picorer les insectes pa-