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Pendant la guerre de Crimée, et enfin e 1859 à l’occasion de la guerre d’Italie. C’est alors qu’on crut s’apercevoir que la ligne était trop faible. Toute concentration de troupes exigeait la mise sur pied de la landwehr. Enflammée du sentiment patriotique, cette milice avait prouvé en 1813 et 1815 qu’elle valait l’armée régulière ; mais dans ces dernières années, obligée de quitter ses foyer pour des complications européennes qui ne la touchaient guère, elle avait montré très peu d’ardeur et de bonne volonté.

Les officiers capables faisaient défaut ; il fallait les emprunter à la ligne, ce qui tendait, disait-on, à désorganiser le service. Une réforme fut jugée nécessaire. Le projet de réorganisation fut présenté à la chambre des représentans par le ministre de la guerre von Roon le 1er février 1860. Il donna lieu à ce long conflit constitutionnel entre le parlement et le gouvernement, soutenu avec tans de persistance de part et d’autre pendant six ans, jusqu’à ce qu’il s’évanouit dans le triomphe de Sadowa. En vertu de son titre de chef de l’armée et en invoquant les lois de 1814, qui mettaient à sa disposition tous les hommes valides de 20 à 39 ans, le roi prétendait avoir le droit d’organiser à son gré l’établissement militaire, sans devoir demander aux chambres autre chose que le vote des ressources pécuniaires nouvelles qu’exigeait la réorganisation. C’est par ce côté, on s’en souvient, que la chambre basse tint le ministère en échec en rejetant impitoyablement le budget de la guerre. Le roi avait en vain recours à la dissolution et à des élections nouvelles ; les électeurs lui renvoyaient chaque fois une majorité plus hostile à ses projets. Le gouvernement, violant manifestement un article précis de la constitution, passa outre, et au printemps de l’année dernière les nouvelles réformes étaient presque entièrement appliquées. Voici en quoi elles consistaient.

Le but était d’augmenter l’effectif de la ligne aux dépens de la landwehr du premier ban, de façon que l’armée de campagne à mettre d’abord sur pied ne dût plus être composée que de soldats de la ligne, ceux de la landwehr formant la réserve. Pour arriver à ce résultat, deux mesures furent prises. On modifia d’abord le temps du service, qui fut distribué ainsi : 7 ans dans l’armée permanente, dont 3 ans sous les drapeaux pour l’infanterie, 4 ans pour la cavalerie ; 4 ans dans la landwehr du premier ban et 5 ans dans le second ban, total 16 ans, soit de 29 à 36 ans. En second lieu, la levée annuelle fut portée de 40,000 à 63,000 hommes. On diminuait ainsi notablement le nombre des jeunes gens que le tirage au sort libérait, et ceux qui étaient désignés restaient un an de plus sous les drapeaux. C’était sans aucun doute une aggravation des charges militaires imposées au pays ; mais les partisans de la