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le recrutement universel les parens de la classe aisée, qui autrement ne verraient pas sans un grand déplaisir leurs fils passer trois ans dans les casernes. Enfin elle permet aux jeunes gens qui se destinent aux fonctions libérales de continuer leurs études après une interruption d’une année, pendant laquelle ils ont eu toutes les après-midi à leur disposition, et qui en somme leur a donné une trempe plus mâle en même temps que des habitudes d’ordre. C’est à coup sûr l’une des particularités du système prussien qui a le plus contribué à en assurer le succès.

L’organisation de 1814 donnait à la Prusse, avec une levée annuelle d’environ 40,000 hommes pour cinq années de service actif, 200,000 soldats de la ligne, 150,000 hommes du premier ban de la landwehr, destinés à entrer en campagne comme la ligne, enfin 110,000 hommes du second ban, qui étaient réservés pour garder les forteresses et au besoin pour combler les vides occasionnés par la guerre. Tout compris, la force disponible s’élevait donc à 500,000 hommes, dont 350,000 pour l’armée en campagne ; mais en temps de paix on ne conservait guère que 130,000 soldats sous les drapeaux. L’armée permanente était ainsi’ transformée en une sorte d’école militaire où les jeunes gens venaient successivement, chaque ! génération à tour de rôle, se préparer à défendre la patrie.

Le pays, qui avait accepté cette organisation à une époque d’élan national, la supporta aussi en temps de paix avec d’autant plus de facilité que chaque année la charge qu’elle imposait devenait plus légère. En effet, la population s’accroissait rapidement, et, le chiffre du contingent restant le même, le nombre des hommes libérés du service actif par le tirage au sort allait en augmentant. En 1816, les 130,000 hommes présens sous les drapeaux équivalaient, pour une population de 10,349,031 âmes, à 1,25 soldats par 10,000 âmes, tandis qu’en 1857, pour une population de 17,530,353 habitans, 80 soldats par 10,000 âmes seulement étaient enlevés à la vie civile. Le fardeau de la défense nationale s’était donc allégé de plus d’un tiers en tombant, sur un plus grand nombre d’épaules. Les dépenses militaires, quoique notablement augmentées, avaient cependant diminué relativement au total des recettes, qui de 187 millions de francs s’était élevé à un demi-milliard ; mais le gouvernement, à partir de 1852, ne crut plus la Prusse suffisamment préparée à affronter les périls que la situation de l’Europe ; et les allures belliqueuses du nouveau gouvernement français semblaient devoir faire naître. Depuis 1815, l’armée prussienne n’avait pris part à aucune guerre ; elle avait été seulement mobilisée à différentes reprises, notamment en 1830, après la révolution de juillet, en 1849 à propos des affaires de la Hesse électorale, en 1854