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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/775

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Etudiant venu de l’étranger pour délivrer son pays d’un tyran détesté ; toute la population civile furieuse d’être arrachée aux travaux de la paix et aux profits d’une activité industrielle merveilleusement prospère ; une partie importante de l’armée, la landwehr, si irritée qu’elle allait, disait-on, tirer sur les officiers de la ligne plutôt que sur l’ennemi ; toutes les entreprises subitement arrêtées, les ouvriers sans emploi et par suite sans pain ; partout la défiance, la ruine, le désespoir, — nulle part d’enthousiasme. Dans toute l’Allemagne, la joie des partisans de l’Autriche et de l’ultramontanisme était sans bornes. En quelques jours, Benedek entrerait dans Berlin réduit en cendres, détruirait l’œuvre de Frédéric II, et restituerait la Silésie à la couronne impériale. Dans les pays de religion mixte, les catholiques, invoquant les sanglans souvenirs de la guerre de trente ans, menaçaient les protestans de la colère du vainqueur, et leur annonçaient que bientôt il leur faudrait rentrer de gré ou de force dans le giron de l’église. Les gouvernemens étrangers ne doutaient point non plus du triomphe de l’Autriche et échafaudaient en conséquence des plans d’intervention et de compensation. On se souvient avec quelle foudroyante rapidité toutes ces prévisions furent déjouées. Les deux armées prussiennes de Saxe et de Silésie franchissaient la frontière de la Bohême l’une le 21 et l’autre le 22 juin, livraient en juit jours les combats heureux de Turnau, Münchengratz et Gitschim d’une part, de Nachod, Skalitz et Bürgersdorf d’autre part, remportaient le 3 juillet la sanglante et décisive victoire de Sadowa, et campaient le 20 juillet devant Vienne et Presbourg en Hongrie, tandis qu’une autre armée forçait les troupes hanovriennes à capituler, battait successivement le corps fédéral et le corps bavarois, chacun plus nombreux qu’elle, et s’avançait jusqu’au cœur de la Bavière. En moins d’un mois, la petite Prusse avait mis sur pied plus d’un demi-million de soldats et envahi toute l’Allemagne depuis le Rhin jusqu’à la Hongrie. Par la paix de Nikolsburg, la nation germanique se trouvait affaiblie, puisque l’Autriche était rejetée de son sein ; mais la Prusse, mal délimitée jusque-là, comme l’avait fait remarquer très justement le gouvernement français, s’arrondissait à souhait et réparait ainsi les défectuosités de sa conformation géographiques. Représentant désormais les 30 millions d’hommes de la confédération du nord, elle pèse de tout son poids sur les petits états isolés au sud du Mein, et elle finira par se les attacher, tout au moins par un lien fédératif. Un pas décisif est fait vers la constitution de l’unité nationale de la race germanique.

Nous venons d’indiquer les résultats les plus marquans de la campagne de l’année qui vient de finir. Considérés par les uns avec orgueil et satisfaction, par les autres avec regret et appréhension,