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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/762

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application d’en faire sortir une moisson féconde. La couronne, puisque couronne il y a, est posée ; mais c’est à nous maintenant qu’il appartient d’en changer, d’en multiplier, d’en enrichir les fleurons.

Aussi, jusqu’à ce qu’on en vienne à la pratique du droit d’interpellation et aux formules définies de la nouvelle législation sur la presse et le droit de réunion, avons-nous peu de goût à nous occuper des détails hypothétiques de l’économie des mesures projetées. La préoccupation de la minutie des lois à faire a fort contrarié l’impression que la portée générale des réformes eût dû produire. Le pédantisme formaliste du langage officiel, les appréciations plates, ternes ou incohérentes des journaux qui passent pour être les confidens des pensées ministérielles, la substitution maladroitement expliquée du droit d’interpellation à la discussion de l’adresse, ont répandu sur tout cela une ombre flottante qui a nui à l’effet. Quand le gouvernement et les opinions politiques en France perdront-ils l’habitude d’employer les formules abstraites, vides et prétentieuses, et reviendront-ils à la simplicité et à la familiarité de la langue des affaires ? Ces formules donnent lieu à bien des malentendus absurdes, à bien des controverses stériles. Qu’on nous permette d’en indiquer par quelques exemples les inconvéniens dans la question actuelle.

Désormais les ministres assisteront et prendront part aux discussions importantes des chambres. Voilà un des premiers faits caractéristiques qui se dégagent des résolutions impériales. De la sorte les premiers agens du gouvernement se trouveront en présence des premiers mandataires du pays. Une meilleure économie sera ainsi appliquée aux rapports du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. Ces deux pouvoirs se connaîtront mieux, se comprendront mieux, se pénétreront davantage, et gagneront chacun au contact plus d’efficacité et plus d’autorité ; la bonne expédition des affaires publiques sera ainsi assurée : voilà l’essentiel dans le nouveau système, le résultat pratique auquel on doit tendre. Pourquoi mêler à cette innovation raisonnable des réserves constitutionnelles qui ne peuvent servir de prétexte qu’à d’inutiles escarmouches sur la grammaire et la logique ? A quoi bon déclarer que tout en allant aux chambres les ministres ne seront point solidaires entre eux, et ne formeront point un cabinet responsable ? Si l’on voulait entrer dans ces disputes de mots, on pourrait soutenir qu’il paraît difficile que les ministres ne soient point solidaires entre eux, puisqu’ils seront tous unis à l’empereur par une solidarité inévitable. Ce que l’on appelle la responsabilité en politique dépend bien plus des situations personnelles et de la force des choses que des prévisions constitutionnelles. L’institution des cabinets responsables en Angleterre n’a été prévue, établie par aucune loi. Ce sont les circonstances, le temps, l’expérience progressive, qui l’ont formée. Guillaume III ne voulait point admettre de solidarité des ministres ; mais, quand le pouvoir vint aux mains d’une femme, la reine Anne, il fallut bien avoir des ministres unis entre eux sous un chef ; le pli était pris quand les Hanovriens arrivèrent en Angleterre, et, comme ils