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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/714

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plus rapides s’est fait sentir, et l’homme s’est associé la vapeur. La géographie en a profité ; mais ce n’est pas, tant s’en faut, une débitrice insolvable : elle rend plus qu’elle ne reçoit. La navigation de long cours repose sur les cartes marines, elle dépend de la connaissance des vents, des courans et des écueils ; le tracé des grandes routes qui sillonnent toutes les parties du monde n’aurait pas été possible sans une détermination préalable et très précise des positions d’un grand nombre de lieux. C’est ainsi que depuis Christophe Colomb la science pure est toujours venue en aide au commerce pour rapprocher les nations et les mettre à même non-seulement d’échanger leurs marchandises, mais encore de mêler leurs mœurs et leur sang. Grâce aux cartes géographiques autant qu’à la vapeur, l’océan a perdu son immensité, les rivières ont abrégé leur cours, les montagnes sont devenues des barrières moins infranchissables que celles qu’élèvent entre les peuples les haines politiques et le fanatisme religieux. L’ancienne capitale des césars communiquera bientôt avec l’ancien pays des barbares à travers l’épaisseur des Alpes ; les mers qui autrefois séparaient deux mondes sont aujourd’hui leur lien le plus sûr ; les îles les plus isolées au milieu de l’océan sont devenues des étapes du commerce, des entrepôts, des colonies, et pour ainsi dire des pied-à-terre de la civilisation. « Le cap de Bonne-Espérance, que la marine du Portugal avait mis près de cent ans à atteindre, a dit Carl Ritter, n’est plus à cette heure qu’une escale pour nos paquebots ; une frégate parcourt ces quatre mille lieues en moins de deux mois. » New-York est presque un port anglais et Liverpool un port américain. La laine et les blés d’Australie déterminent les cours au marché de Londres, le prix du coton dans les États-Unis fait monter ou baisser le prix du pain en Europe.

Cette conquête de l’espace, ce contact mutuel et incessant de toutes les nations du globe sont dus en grande partie, on ne saurait le méconnaître, aux progrès de la géographie. Cependant les problèmes qu’elle doit résoudre deviennent de jour en jour plus compliqués, plus ardus. A mesure que nos connaissances s’étendent et se complètent, ce qui reste à faire paraît plus vaste : hier est talonné par demain. Il ne nous suffit plus de savoir que la terre est un sphéroïde aplati aux deux pôles ; nous voulons en connaître avec la dernière précision les axes, la circonférence, la surface et les inégalités accidentelles. Les positions des observatoires et des autres points de repère qui servent de base aux cartes géographiques ont été déterminées en latitude et en longitude avec un soin extrême, et néanmoins on y trouve sans cesse à reprendre et à corriger.

Nous sommes loin du temps où le médecin Fernel mesurait la