Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/710

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


complète léthargie. Çà et là, même au milieu de ces indifférens, vous rencontrez encore quelques cœurs agités, quelques esprits perplexes. La perplexité est à l’insouciance ce que le crépuscule est à la nuit, une lueur incertaine qui lutte avec les ténèbres, tantôt vaincue, tantôt victorieuse. Rien de moins assuré que ce genre de victoire. Les esprits perplexes vous échappent encore plus vite que vous ne les prenez. N’importe, plût à Dieu que cet état de l’âme fût notre plus grand mail C’est à l’insouciance, c’est-à-dire au néant, à la mort, que tout nous pousse et nous entraîne !

Vous demandiez tout à l’heure quel est l’état présent du christianisme en France : comptez ceux qui occupent les deux camps opposés où un reste de vie se manifeste encore, ici pour attaquer, là pour défendre la foi chrétienne ; puis en dehors de ces deux camps voyez, que reste-t-il ? Une innombrable foule, inerte, inanimée, sorte de grand désert, véritable Mer-Morte qu’aucun être vivant n’habite. Voilà le monde qu’il faut reconquérir, voilà ceux qu’il faut se disputer. Comment agir sur eux ? comment les émouvoir ? comment s’en emparer ? Le secret de l’avenir est là.

Cherchez donc, essayez : quel est sur les insoucians le moyen d’action le plus sûr ? Sont-ce les pratiques de haute piété, les écrits destinés à l’édification des croyans émérites ? Espérez-vous que d’un seul bond vous en ferez des fidèles accomplis, que vous les lancerez dans la sainte ferveur ? Ne parler que la langue de la pure dévotion, ne pas sortir du diapason des sacristies, c’est perdre votre peine. Montez sur les hauteurs, faites briller ces vérités universelles devant lesquelles tout être doué de raison qui se recueille et réfléchit se sent forcé de fléchir le genou. C’est en montrant dans toute leur grandeur, dans toute leur beauté primitive, les bases de la foi qu’on peut séduire certaines âmes à venir y prendre un abri. Or c’est en cela justement que ces méditations excellent. Elles portent la lumière sur les sommets mystérieux, qui, pour les engourdis, semblent enveloppés d’impénétrables brumes. On peut dire qu’elles les leur révèlent et leur inspirent une secrète envie de les connaître de plus près. En un mot, si ce livre n’a pas le don, à peu près impossible, de satisfaire à la fois dans chaque communion tous ceux qui sont en possession d’une croyance définie, il a une vertu plus précieuse et plus rare, dont nous parlons à bon escient pour en avoir nous-même vu plus d’un témoignage, il touche les indifférens.

C’est déjà beaucoup, mais il faut plus encore. Un livre, quelque puissant qu’il soit par le style et par la pensée, ne peut, dans la crise où nous sommes, que préparer les voies. Pour entrer plus avant, pour agir sur la foule, pour l’arracher à son sommeil, il faut