Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/707

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


triompher la divine parole, en démontrer l’éternelle vérité, la transmission séculaire, à quoi bon contester à l’église catholique les droits qu’elle s’arroge ? Pourquoi lui faire d’insidieuses questions, de captieuses querelles ? Au lieu de raviver ces insolubles procès, ne fait-il pas mieux de chercher sur quels points l’accord subsiste encore, quels dogmes ont échappé à toute controverse, survécu à toute rupture ? Ces dogmes, il s’y attache ; ils sont pour lui le cœur, le fond même de la foi, la base d’un christianisme de paix et de concorde que tout vrai chrétien ne peut s’empêcher de défendre puisque nécessairement il le doit professer, Que la réforme, il y a trois siècles, ait eu sa raison d’être, sa cause providentielle, qu’elle fût l’aiguillon qui pour sauver la foi devait stimuler le sommeil de l’église, s’ensuit-il, quand les temps sont changés, que la conduite doive rester la même, que, pour sauver aujourd’hui cette même foi chrétienne, un chrétien, parce qu’il est protestant, soit tenu d’épouser les haines de ses pères, de ne combattre que ce qu’ils ont combattu, et, devant l’incendie nouveau qui menace la chrétienté de se croiser les bras, parce que c’est avant tout sur le catholicisme que les flammes semblent se diriger ? Laissez-le répudier cet absurde héritage ; laissez-le rompre avec cette routine. Non-seulement il faut qu’il s’abstienne envers l’église catholique de toute attaque, même indirecte, de tout reste d’acrimonie, par la simple raison qu’il fait campagne avec elle et qu’on ne tire pas sur ses alliés ; il lui doit plus encore plus que des égards, plus que des ménagemens, il lui doit éclatante justice. C’est à lui d’exposer avec franchise et loyauté les grands côtés, les beautés, les splendeurs de ces traditions dont il est séparé. Des restrictions et des réserves se mêleront à ses éloges, tant mieux, son témoignage en aura-plus de poids. Soit qu’il rappelle les services rendus, soit qu’il se porte fort contre les calomnies, à ne dire que la pure vérité, même atténuée, il fera plus pour le catholicisme qu’un panégyriste attitré.

Ce n’est pas tout : pour tenir tête au faux esprit philosophique, nulle position n’est meilleure que la sienne. Il n’a pas à lutter contre les préventions que soulève l’obéissance présumée au principe d’autorité, et, quand il professe hautement et sans réserve sa croyance aux faits surnaturels, il produit un tout autre effet, il est autrement écouté, on compte autrement avec lui que s’il n’avait pas ses coudées franches en matière de libre examen. Qu’est-ce donc lorsqu’à ces avantages de situation s’en ajoutent de tout personnels, lorsque ce protestant est un puissant esprit rompu aux plus grandes affaires et conservant au déclin de la vie, outre les trésors amassés de l’expérience et du savoir, les fécondes ardeurs du jeune âge. Dès lors s’explique ce qu’il y a de particulier dans ces méditations de M. Guizot : ce n’est pas un livre religieux comme un