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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/703

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fait d’assez grands progrès, même en France, pour se sentir heureuse et fière de ne croire absolument à rien. C’est une infirmité dont le temps la pourra guérir, mais une infirmité avec laquelle il faut compter. Peut-on faire par exemple que la plupart des cœurs de femmes ne soient obstinément soumis au besoin de prier et de croire ? L’homme lui-même, sous le coup de certaines douleurs, ne sent-il pas un cœur de femme naître et s’éveiller en lui ? Quand la mort le sépare de ceux qu’il aime, quand il survit et quand il souffre, peut-il ne pas chercher, les yeux levés au ciel, un peu de force dans l’espérance ? Ces penchans, ces instincts peuvent sembler étranges, absurdes même si l’on veut ; ils sont indestructibles, et c’est perdre sa peine que de prétendre les supprimer. On le sait aujourd’hui, et les habiles en profitent. Faire table rase une seconde fois, renverser les autels, persécuter les prêtres, œuvre de dupes ! C’est de ses propres mains préparer d’inévitables réactions et la résurrection certaine de tout ce qu’on veut détruire. Il n’y a plus que quelques fous, quelques enfans perdus qui prêchent ces vieux moyens. Au lieu de heurter de front le besoin de croyance, mieux vaut s’en emparer, le flatter, lui offrir de séduisantes transactions. Pourquoi s’en prendre au christianisme ? Pourquoi le battre en brèche ouvertement ? Pour plaire aux libertins ? N’est-on pas toujours assuré de les avoir pour soi ? C’est aux chrétiens candides qu’il s’agit de complaire. Loin donc de laisser voir contre le christianisme la moindre arrière-pensée, il en faut exalter les beautés, faire de son fondateur un portrait admirable, le reconnaître pour le modèle de toutes les vertus, le type de toute perfection, trouver en en parlant de ces accens qui vont au cœur, et pour prix de ces touchantes concessions demander quoi ? Un léger sacrifice, un modeste erratum au texte des Évangiles, un simple changement de la valeur d’un mot ou plutôt l’abandon habile et raisonnable d’un titre sans valeur, d’un parchemin usé, d’une lettre de noblesse purement nominale, de la soi-disant divinité de cet homme admirable ! Pourquoi tenir à cette fiction ? Renoncez-y, nous serons tous d’accord. La raison n’aura plus rien à dire : avec vous, nous nous inclinerons devant ce merveilleux mortel, et, si vous voulez, même nous l’appellerons divin sans que cela tire à conséquence. Nous vous passerons l’épithète, si vous nous concédez le dogme.

Voilà comment avec du savoir-faire, avec un certain mélange de scepticisme philosophique, de rêveries mystiques et de zèle affecté pour les idées chrétiennes, on espère aujourd’hui saper le christianisme. Le procédé n’est pas nouveau. L’année même où Constantin dans sa toute-puissance semblait par son édit assurer à l’église la paix et la sécurité, un seul homme, avec quelques