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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/702

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dangereux. Si le christianisme en effet n’avait affaire qu’aux vrais savans, aux grands esprits, la science et lui ne seraient jamais en véritable désaccord. Les soi-disant contradictions, les faits inconciliables disparaissent à mesure qu’on s’élève à certaine hauteur, dès qu’on ne prend plus les mots seulement à la lettre, qu’on en saisit l’esprit et qu’on remonte au point où le malentendu commence. La science ainsi comprise et pratiquée n’est pas seulement inoffensive au christianisme et aux Écritures, elle vient à leur aide et leur rend témoignage, donnant parfois à certains faits en apparence fabuleux un caractère presque historique. Ainsi Cuvier a confirmé par la plus rigoureuse induction tirée de faits incontestables tels récits de la Bible que jusque-là les croyans seuls acceptaient par pure obéissance, que les indifférens tenaient pour très suspects, et dont les grands docteurs du XVIIIe siècle aimaient à faire des gorges chaudes. Le malheur veut que pour un de ces génies conciliateurs par clairvoyance, pour un Cuvier, un Kepler, un Leibniz, un Newton, vous avez des milliers d’esprits qui ne voient que les apparences, se butent aux contradictions, et, souvent même sans malice, ne font servir le peu qu’ils savent qu’à la ruine des saintes vérités. Or ceux-là sur la foule ont autant de crédit, peut-être plus, que les véritables maîtres : c’est avec eux que le public est en commerce continuel ; ils sont nombreux, ils sont partout, dans toutes les professions ; la race des demi-savans fait le fond de la race humaine, sans compter ceux qui, plus habiles, mais cherchant le succès à tout prix, même au besoin dans le scandale, empruntent à la science le vernis nécessaire à mettre en vogue leurs écrits. Tout cela constitue une façon nouvelle de faire échec au christianisme, une méthode qui rajeunit les traditions de Voltaire. Les mieux intentionnés s’y laissent prendre : c’est l’appât qu’il leur faut, un appât sérieux ; on ne parle qu’à leur raison, ils croient se rendre à l’évidence. Que voulez-vous ? ce ne sont pas des contes qu’on leur fait, des épigrammes qu’on leur débite ; on ne se joue pas d’eux, on ne leur dit pas le mot pour rire : ce sont des faits, des faits palpables. Tarit pis pour les croyances chrétiennes si ces faits les mettent à néant ! Peut-on s’inscrire en faux contre les lois de la science ? N’est-elle pas la vérité ?

Voilà la moderne tactique : point de moquerie, point d’impatience, un grand air d’impartialité ; ce n’est plus une escarmouche, une surprise, c’est un siège, un siège en règle : on investit la place, on s’avance, on chemine avec l’autorité et sous l’abri de la science. Ce n’est pas tout. L’expérience du dernier siècle inspire encore bien d’autres précautions, d’autres ménagemens. On reconnaît maintenant que notre pauvre nature humaine n’a pas encore