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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/691

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catholiques le libéralisme à outrance, sans limite et sans garantie, le libéralisme utopique, absolu, agressif et révolutionnaire, tel que le patronnait l’Avenir, l’organe de l’abbé de Lamennais et de ses jeunes amis, c’était tout compromettre, couper court à toute propagande, effrayer ceux qu’on voulait convertir et donner prétexte à l’église, si l’occasion s’en présentait jamais, de se jeter par prudence dans les bras du pouvoir absolu.

Cette même ardeur qui les poussait, en politique, jusqu’à la liberté sans frein les entraînait, en religion, à l’excès de l’obéissance. Jamais ils n’osèrent se passer de l’approbation de Rome, son silence ne leur suffisait pas. Ce silence expectant que le saint-siège aime à garder, non sans raison, chaque fois qu’il est en présence d’une entreprise nouvelle, ils voulurent le lui faire rompre. Il leur fallait un avis explicite, une décision formelle : c’était jouer le tout pour le tout ; n’importe, ils n’eurent ni paix ni trêve jusqu’à ce que le saint-père leur eût donné tort ou raison. Puis, quand l’arrêt fut prononcé, quand ils furent censurés, comme on devait s’y attendre, ils durent, sous peine de révolte ; se soumettre, courber la tête et renoncer à la lutte, au grand détriment de leur cause. Non-seulement ils avaient perdu leur autorité sur l’esprit de certains fidèles, comme on le vit, lorsqu’au bout de quelques années, las de leur inaction ; ils rentrèrent dans la lice, mais ils avaient causé un bien autre dommage : ils avaient fait entrer la cour de Rome avant le temps, sans à-propos et sans nécessité, dans la voie regrettable qu’elle suit aujourd’hui, engagée par ses propres paroles. N’était-il pas possible qu’interrogée plus tard, en d’autres termes, dans d’autres circonstances ; elle eût autrement répondu ?

On ne peut donc se le dissimuler, si depuis le commencement du siècle le christianisme a fait en France de grands et de réels progrès, s’il lui est ne de vaillans serviteurs ; d’illustres champions, s’il a recouvré peu à peu une partie de son domaine, s’il a même à certains égards étendu ses conquêtes, il est un succès qui lui manque, une victoire qu’il n’a pas remportée : l’œuvre commencée en 1830 reste toujours inachevée, la question n’a pas fait un pas ; la bonne entente, l’harmonie, ne sont pas établies, la paix n’est pas signée entre la foi chrétienne et l’esprit de notre temps.

Il y a des gens qui s’en consolent : la tentative leur semble chimérique, et rien pour eux n’est moins extraordinaire que le désaccord qu’on voudrait faire cesser. N’a-t-on pas toujours vu cette sorte de guerre entre l’esprit laïque et l’esprit religieux ? N’est-ce pas la destinée du christianisme depuis qu’il est au monde, n’est-ce pas son rôle, sa mission, on peut même dire son honneur que de blâmer et de combattre dans chaque siècle les idées et les goûts