Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/685

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


religieuses en France pendant les deux tiers de siècle accomplis depuis 1800. C’est une composition qui se suit et s’enchaîne, un vrai tableau d’histoire, en même temps qu’une galerie de portraits d’après nature comme sait les faire M. Guizot, de cette main ferme et concise qui, en quelques mots, caractérise aussi bien les idées que les hommes, portraits pleins d’accent et de vie bien que toujours sobres de ton et contenus d’effet. Il a pu se donner carrière : les modèles ne lui manquaient pas. Évidemment la Providence avait à cœur, dès le début de ce siècle, de réparer presque à vue d’œil ce grand désastre du christianisme, ce cataclysme qu’elle-même semblait avoir voulu ou tout au moins autorisé. Que d’hommes en effet subitement éclos, et tous à la hauteur de la mission qui leur devait échoir ! Quel contraste avec la période précédente, où n’apparaissait plus personne qui fût d’humeur à faire le moindre effort, à rompre la moindre lance pour cette antique religion encore pleine d’honneurs, de richesses et de vie apparente, mais sans crédit, sans action sur les âmes, sans adeptes nouveaux, délaissée peu à peu comme ces vieux édifices qu’un instinct prophétique, avant qu’ils ne s’écroulent, ordonne d’abandonner. Il fallait l’échafaud pour lui rendre la vie ! Ce fut comme un premier symptôme de régénération quand de modestes prêtres, d’humbles religieux, la veille encore insoucians, engourdis, quelques-uns même plus ou moins sybarites, se réveillèrent le cœur aussi intrépide, aussi préparés au martyre que s’ils avaient passé leur vie dans les austérités du désert ou dans la nuit des catacombes. Puis un autre signal plus éclatant et mieux compris allait venir de deux hommes qui, chacun dans sa sphère et selon sa mesure, sont vraiment les premiers promoteurs de ce réveil chrétien. Nous parlons d’un grand politique et d’un grand écrivain, du premier consul et de M. de Chateaubriand, du concordat et du Génie du Christianisme. Ce rapprochement n’a rien d’artificiel ni de forcé : ce sont bien ces deux hommes et ces deux œuvres qui, à l’entrée du nouveau siècle, ont pris la part la plus considérable à la résurrection des traditions chrétiennes. M. Guizot en parle avec un rare esprit de justice et d’impartialité. N’ayant pour ces deux hommes qu’une médiocre sympathie, et ne dissimulant pas que les deux œuvres ont vieilli à certains égards, et sont un peu passées de mode, il n’en soutient pas moins, et même avec chaleur, que le Génie du Christianisme, en dépit de ses imperfections, est un grand et puissant ouvrage, comme il n’en apparaît qu’à de longs intervalles, une de ces œuvres qui, après avoir remué profondément les âmes, laissent derrière elles d’ineffaçables traces. Et quant au concordat, si les amis les plus sincères des croyances chrétiennes en