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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/678

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professée pendant quinze ans dans les sociétés secrètes ; les jeunes hommes sortant des universités en sont tout imprégnés. Enlacé dans la sainte-alliance, le gouvernement prussien trompe la confiance qu’on a mise en lui. Alors le patriotisme allemand rêve et conspire pour une unité démocratique et confédérative comme celle, de la Suisse. Avertie par la commotion de 1830, la cour de Berlin trouve bon de faire quelque chose pour, les idées du jour : elle entreprend l’unification par l’industrie et fonde le Zollverein création de génie. Le culte des intérêts matériels assoupit les passions politiques au profit de la Prusse. La confédération germanique est détraquée par le contre-coup de février 1848. Comment se manifestera révolution ? Par la fièvre de l’unité. Le parlement de Francfort, sorti des entrailles populaires, offre encore la couronne impériale au roi de Prusse, et sans un scrupule ou une crainte de celui-ci l’idéal de la Tugend-Bund serait réalisé. L’Autriche triomphe un moment par le rétablissement de l’ancienne diète germanique ; aussitôt la Prusse jalouse complote une union restreinte dont elle serait l’âme. Voilà l’Allemagne retombée sous la fatalité, du dualisme qui la paralyse. Quand la question d’Orient remue l’Europe en 1855, le peuple allemand est profondément humilié que la guerre et la paix se fassent sans lui. La volonté instinctive de l’unité s’affirme plus que jamais dans les lois communes à tous les états, dans les écrits, dans les relations de commerce. Par qui se fera la fusion ? Après Solferino la Prusse croit avoir enfin trouvé l’occasion d’enlever l’Allemagne son profit. Le traité de Zurich engourdit cet élan, mais l’idée (nationale trouve d’autres voies pour aller à son but. Le National-Verein organise son habile propagande au profit de la Prusse. Avec M. de Bismark, les préjugés, les passions de la cour de Berlin, l’outrecuidance de l’aristocratie prussienne, deviennent les ressorts du grand œuvre. Une campagne bien préparée et bien conduite abat l’Autriche. Le dualisme est enfin brisé : la vieille confédération tombe, et la nationalité surgit. A coup sûr, il eût mieux valu que la besogne se fit d’autre façon et par d’autres agens, mais il y a fait accompli. Aurait-on voulu que les peuples continuassent la guerre civile pour détruire ce qu’ils ont désiré et préparé depuis un demi-siècle ? Si le résultat n’avait pas été conforme au vœu national, est-ce qu’une seule bataille aurait anéanti toutes les résistances ? Encore une fois, le triomphe de la Prusse est plus politique que militaire, et cela est si vrai que M. de Bismark aura grand’peine à faire dans l’union restreinte une étape aussi prolongée qu’il le voudrait.

Les observateurs attentifs disent encore : La Prusse a trouvé devant elle sur les champs de bataille un grand corps dont on