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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/677

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civil, et le secret malaise du civil dans le contact avec le troupier. Quand viennent les jours de péril, le mélange de ces élémens est imparfait, on n’obtient pas tout de suite cette cohésion qui fait la force et l’entrain d’une année. Dans le système prussien, c’est autre chose. Bourgeois et paysans, riches ou pauvres, viennent d’abord se confondre dans l’armée active, et c’est un excellent point de départ. Il faut avoir reçu pendant un an au moins et trois ans au plus l’éducation du régiment pour avoir le droit d’entrer dans la landwehr : on réclame là comme un droit ce que l’on considère comme, un honneur. Ceux qui sont admis dans cette milice vraiment nationale y arrivent brisés à la discipline ; ils ont puisé dans la vie commune le sentiment de l’ensemble et de la solidarité dans les efforts ; ils ont acquis ce quelque chose du soldat que rien ne supplée sur le champ de bataille, si ce n’est l’exaltation patriotique. Après cela commencent les exercices annuels, non par pelotons dans les cours d’une caserne, mais au grand air et par grandes masses, sous les yeux de concitoyens qui ont été ou seront exercés de la même manière. Cela suffit, on le sent bien, pour entretenir la trempe militaire des premières années. En somme, armée et landwehr ne font qu’un ; c’est l’évolution naturelle d’un même corps, et, lorsque vient la bataille, on a, non pas des élémens juxtaposés, mais une force homogène dans son tempérament et dans son esprit. Il y a d’ailleurs un argument auquel les partisans de l’ancien militarisme peuvent difficilement répondre. Si un court passage sous les drapeaux ne suffit pas pour former un soldat, si la landwehr est méprisable, d’où vient que tous les gouvernemens européens, notamment le gouvernement français, sont si fort préoccupés de fortifier leurs armées permanentes et d’emprunter le plus possible à l’institution de la landwehr ?

Malgré mon adhésion au régime prussien, je ne suis pas de ceux qui se sont laissé complètement fasciner par la rapidité foudroyante de la dernière guerre. Il est incontestable qu’au premier moment on s’est exagéré la puissance agressive de la Prusse nouvelle. Il se fait une réaction à cet égard. Les cercles où l’on agite les questions militaires inclinent volontiers vers ce point de vue nouveau. — La transformation de l’Allemagne, y dit-on, a été l’œuvre de la politique plus que des. armées. La préparation de ce mouvement date de soixante ans. Dès 1807, l’Allemagne, ruinée et humiliée par un conquérant, s’aperçoit que le morcellement de ses forces est la cause du malheur commun ; le salut est dans l’union. Partout où l’on ose penser, on recherche les moyens de constituer l’unité, et on s’accorde à reconnaître que la Prusse est par sa nature le centre d’attraction et comme le noyau du fruit à venir. Cette croyance est