Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/656

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


craignant peut-être un conflit entre les deux chambres, ajourna la loi, et les résultats d’une polémique de cinq années furent absolument négatifs.

On s’aperçut bien en février 1848. d’un certain désarroi dans l’organisation militaire. Déduction faite des troupes employées en Afrique, des services indispensables à l’intérieur et des non-valeurs, on n’aurait pas pu envoyer 150,000 combattans aux frontières. Le matériel de guerre était très bas. On appela tous les jeunes soldats des classes précédentes laissés en disponibilité ; on reçut des engagemens volontaires en plus grand nombre que de coutume. Le gouvernement provisoire, par trois décrets, mit 114 millions au-delà des dépenses votées en 1847 à la disposition d’un comité chargé de la défense nationale, et dès la fin du mois de juin la république disposait de 502,000 hommes qui auraient fourni 340,000 combattans pour une guerre en Italie et sur le Rhin. Les magasins et armemens étaient suffisamment pourvus. Les dépenses exceptionnelles qui venaient d’écraser le budget de 1848 n’étaient considérées d’ailleurs que comme une avance faite aux années suivantes. Une commission extraordinaire chargée de préparer le budget de 1849, ayant divisé son travail, confia l’étude des questions militaires au représentant de l’Orne, le colonel du génie Guérin, très apprécié dans l’assemblée comme dans l’armée : il est tombé vaillamment devant Sébastopol. Dans un rapport que l’on consulterait utilement aujourd’hui, le colonel prétendit démontrer que, grâce aux sacrifices de 1848, il était possible de réduire le budget militaire de 1849 à 315 millions et celui de 1850 à 280 millions. Il va sans dire que de telles économies, portant sur l’armée active, impliquaient l’organisation d’une réserve solide. La discussion s’ouvrit sur ce rapport en mai 1849. Le parti conservateur, qui s’était reformé, était bien plus préoccupé des services qu’il attendait de l’armée à l’intérieur que de son rôle au dehors : il la voulait homogène, compacte et rompue à l’ancienne discipline. La majorité éluda la discussion sur la réforme militaire sous prétexte qu’il n’était pas convenable de traiter incidemment, à propos d’un article de budget, une question de cette importance. Le gouvernement prit devant la majorité républicaine l’engagement de présenter à bref délai des lois sur le recrutement et la fixation des cadres de l’armée, et tout fut dit.

En définitive, la loi de 1832, si souvent battue en brèche, est restée debout : elle nous régit encore. A partir de 1853, il est passé dans les habitudes de demander au corps législatif un contingent annuel de 100,000 hommes pour le pied de paix et de 140,000 en cas de guerre. En 1855, l’ancien système de remplacement de gré