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nouveau gouvernement redoutaient une coalition de la sainte-alliance et avaient hâte de mettre sur pied 5 ou 600,000 hommes. La partie ardente de la jeunesse aurait préféra une levée en masse pour une propagande à main armée. Les réminiscences des grandes guerres de la liberté éclataient dans les brochures, les discours, les conseils manuscrits adressés au gouvernement. La première autorité stratégique, le maréchal Soult, avait comme les autres rédigé un projet, portant la date du 21 septembre 1830 ; il condamnait énergiquement les procédés méticuleux et insuffisans adoptés sous la restauration, et jetait les bases d’un grand armement national, d’une réserve à la prussienne. L’impression de ce mémoire était annoncée, et plusieurs copies manuscrites circulaient dans le public lorsque le maréchal, appelé au ministère, fut chargé de préparer la loi du recrutement. Quand le projet fut soumis aux chambres après une année d’élaboration, on remarqua dans les idées du vieux guerrier des changemens qu’on ne manqua pas d’attribuer à l’influence directe et personnelle du souverain. Les articles concernant la réserve passionnaient particulièrement l’opinion, et à cet égard la question se posa dans les termes où elle sera débattue dans quelques mois. Aura-t-on une vraie landwehr, composée de citoyens ayant appris le maniement des armes dans l’armée active et réunis périodiquement pour de grands exercices, ou bien donnera-t-on le nom de réserve à des excédans de levées, à des conscrits victimes du tirage au sort, enrôlés dans les régimens, mais renvoyés dans leurs foyers, et tenus à la disposition du ministre pour élargir les cadres au besoin ? Le premier système était celui du patriotisme indépendant : formulé dans un amendement du comte de Laborde, il fut énergiquement défendu par des hommes de guerre comme Clauzel et Lamarque, par des libéraux éprouvés comme MM. de Traçy, Odilon Barrot, de Ludre, Larabit. La résistance venait d’un groupe qui commençait à se former, et dont M. Fulchiron marquait déjà la nuance. La loi du 21 mars 1832, qui sortit de ces longs débats, est celle qui nous régit encore. Elle porta les appels à 80,000 hommes, limita à sept ans la durée du service et laissa dans les nuages la question à l’ordre du jour, en autorisant le ministre de la guerre à classer sous les drapeaux une partie seulement des hommes appelés et à maintenir en disponibilité la partie non employée que l’on qualifia de réserve.

On sait comment la question d’Orient, cette maladie intermittente de la politique, fut réveillée en 1840. L’Europe crut à un embrasement général, la France semblait particulièrement menacée. On improvise les fortifications de Paris ; on sème les millions pour fondre des canons, acheter des chevaux et orner du piston les