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L’une, expression vivante du principe monarchique, sera permanente et combinée surtout pour l’agression ; l’autre, dont l’idée est issue des instincts populaires, serait particulièrement défensive et incessamment renouvelée. Le beau du premier système est une armée robuste et compacte, acquérant par un service prolongé un tempérament spécial, un esprit de corps qui l’isole dans la nation, qui en fasse un instrument toujours prêt à frapper les coups combinés dans le mystère des cabinets. Suivant l’autre système, l’armée active n’est qu’une école militaire où les citoyens passent tour à tour pour acquérir une suffisante habitude des armes et se rendre aptes à payer de leur personne dans les jours de crise. Si une pareille armée est moins maniable pour réaliser les combinaisons d’une politique qu’elle ne comprend pas, elle devient incomparable quand un intérêt évident est en cause et qu’un sentiment national l’anime.

Cet antagonisme entre les deux systèmes s’est manifesté en plusieurs pays depuis le commencement du siècle : j’ai déjà dit que chez nous il avait paralysé quatre fois les tentatives de réforme. Après Waterloo, la France resta littéralement sans armée pendant trois ans. Le gouvernement royal avait licencié et relégué au-delà de la Loire les vieilles bandes dont il se défiait. On avait essayé vainement en 1815 de lever quatre-vingt-six légions départementales qui devaient aux termes de l’ordonnance recevoir les ordres des préfets. Les engagemens volontaires qu’on avait provoqués, les débris de l’ancienne armée qu’on tâchait de recueillir, avaient à peine produit en deux ans un effectif de 36,000 hommes. Au milieu du choc des partis, un vœu unanime s’élevait pour la réorganisation d’une armée ; mais sur quelles bases opérer ? « Le seul nom de conscription, a dit M. Guizot dans un discours de ce temps, était devenu tellement odieux au pays qu’il était bien difficile de rétablir quelque chose qui lui ressemblât. » Le portefeuille de la guerre était tenu alors par un général très expérimenté, Gouvion Saint-Cyr, qui avait été assez habile pour obtenir la pleine confiance du roi en conservant du prestige aux yeux des libéraux. Il avait l’appui du général Foy. Il se mit donc à l’œuvre en proclamant qu’aux termes de la charte la conscription allait être à jamais abolie, et de même qu’on venait de remplacer les droits réunis, également détestés, par les contributions indirectes, on imagina de remplacer l’odieuse conscription par des appels de soldats.

Les ressources déployées par la Prusse et ses succès dans les dernières campagnes avaient frappé d’étonnement les stratégistes. La Suède, la Russie, la Bavière, le Wurtemberg, les Pays-Bas néerlandais, la Suisse, les états sardes, l’Espagne, rendaient