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que la haine du capital, les attaques contre le capital y occupent une grande place. Cette erreur, dit-on, s’est dissipée. On nous montre les ouvriers aussi ardens aujourd’hui à appeler, à créer le capital, qu’ils l’étaient naguère à l’accuser : on nous signale particulièrement les symptômes tirés du mouvement coopératif, qui, loin de repousser le capital, tend au contraire à l’attirer pour l’unir plus intimement à la main-d’œuvre. Nous apercevons bien en effet un commencement de conversion dans les sentimens des ouvriers à l’égard du capital ; mais, à considérer les choses de près, il semble que cette conversion partielle, très insuffisante, n’a encore abouti qu’à diviser le capital en deux catégories : le capital employé par les patrons et le capital employé ou à employer par les associations d’ouvriers. Le premier demeure sous le coup d’une réprobation plus latente, mais non moins profonde qu’auparavant : toutes les faveurs ou plutôt toutes les indulgences (car le capital a encore besoin de se faire excuser) sont pour le second. Eh bien ! le capital est essentiellement un. Il est ici ce qu’il est là. Il ne change pas de nature ni de rôle en changeant de main. Cette proposition paraîtra sans doute banale à tous les esprits qui se sont occupés de ces matières ; cependant qui oserait dire qu’elle est inutile à rappeler dans une discussion où il s’agit de démontrer aux ouvriers que sous le régime de la libre concurrence les vieux préjugés de la main-d’œuvre contre le capital amèneraient fatalement la décadence, la ruine complète du travail ?

Reste la plus grosse difficulté. Après que la main-d’œuvre aura consenti à conclure sans arrière-pensée le traité de paix et d’alliance avec le capital, on arrivera à la discussion des articles, et on aura à déterminer quelle sera dans l’acte commun de la production la part de rémunération pour le capital et la part de rémunération pour, la main-d’œuvre. Voici le salaire qui naturellement désire régler ses conditions. Suffit-il d’établir comme principe général que « le bénéfice doit être proportionné à la capacité et au travail ? » Non, car dans cette répartition on oublie le risque, — le risque auquel le capital est seul exposé, et dont la main-d’œuvre, son associée, est exempte. L’industriel qui peut ne pas vendre ou est obligé de vendre au-dessous du prix de revient les produits pour lesquels il a payé intégralement les salaires, l’industriel qui risque ainsi de perdre son capital a certainement droit à une rémunération prélevée en dehors des parts qui reviennent à la capacité et au travail : autrement le capital ne s’exposerait pas, et la main-d’œuvre verrait tarir la source de ses emplois et de ses salaires. Le principe étant, ainsi complété, le droit de chacun des associés sera déterminé « par libre convention entre les parties. ». Il ne