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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/645

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travail intérieur et de repousser l’invasion de la concurrence étrangère. Colbert ne se proposait pas d’autre but. Certains peuples ont fait des sacrifices énormes de sang et d’argent pour étendre les marchés qu’ils prétendaient réserver aux produits de leur travail : ils ont fondé par-delà les mers des colonies, vassales des métropoles. Dans une société où tout, hommes et choses, était classé, organisé, distinct, on espérait pouvoir régler les mouvemens du travail comme on règle ceux d’une horloge, disposer à son gré du sol, de l’industrie, du commerce, les assujettir pour leur plus grand bien à des lois sévères, et protéger ainsi la subsistance de la main-d’œuvre. La révolution est un jour apparue. Elle a d’abord affranchi les hommes, qui étouffaient sous la cuirasse de l’ordre féodal ; elle a ensuite affranchi les choses, et peu à peu les peuples en sont venus à comprendre que le travail ne doit être gouverné, administré que par lui-même, que les règlemens protecteurs le gênent, qu’il réclame pour domaine, non plus le champ clos de la nationalité, mais les vastes espaces de l’univers, et que la concurrence est le seul régime qui puisse d’une part susciter et multiplier les élémens du travail, d’autre part attribuer à chacun ce qui lui revient selon sa capacité et ses œuvres. Dès avant la révolution, quelques économistes, et à leur tête Adam Smith et Turgot, avaient démontré ces vérités, que les prédications incessantes de leurs successeurs ont fait pénétrer, non sans peine, dans les maximes et dans les pratiques des gouvernemens. Si la réalisation des principes n’est point encore générale ni complète, du moins il est permis de dire que ces principes ne sont plus contestés. Le travail, émancipé de droit, marche à pas rapides vers la concurrence universelle. Où rencontrons-nous encore quelques objections contre ce nouveau régime, qui est le seul d’accord avec la liberté et avec la justice ? — C’est parmi les populations ouvrières, qui conservent la crainte à la fois instinctive et traditionnelle de la concurrence. Il y a donc là un enseignement très utile à répandre dans les ateliers.

La concurrence universelle proclame les droits du travail ; mais elle expose celui-ci à un grave péril. Tout concours implique la supériorité des uns et l’infériorité des autres. Il se peut que l’infériorité soit simplement relative, et qu’elle ne descende pas au point d’être mortelle pour celui qui la subit. Il n’en faut pas moins se mettre en mesure de conjurer les risques de la défaite, et pour cela il convient que le travail dispose le plus utilement de ses forces productives. Ces forces sont au nombre de deux : le capital et la main-d’œuvre. Si l’une ou l’autre faiblit, toutes les deux sont atteintes. Or, en étudiant l’histoire des populations ouvrières, on voit