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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/642

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avons eu l’occasion d’étudier ici même, il y a près d’un an [1], les principes sur lesquels repose le système de la coopération, les moyens par lesquels on compte le mettre en pratique, les conséquences que l’on en attend. Nous avons sincèrement exprimé notre pensée et sur ce qui nous semble complètement faux et sur ce qui nous paraît seulement exagéré dans cette nouvelle doctrine, qui a la prétention de détrôner l’ancienne économie politique, de régénérer la société, de retremper le travail aux sources vives de la liberté et de la justice. Le moment n’est pas venu de reprendre ce débat. Puisque les partisans du système allèguent que leurs expériences et leur infaillible succès sont gênés par les entraves de la législation actuelle, il serait malséant, dans une discussion loyale, de leur opposer le peu d’effet qui est sorti jusqu’ici de tant de bruit, et il convient d’attendre qu’ils soient en possession des réformes légales qui leur sont promises.

Aussi bien la révision du code de commerce est une question d’intérêt général, et il importe essentiellement qu’aucune des combinaisons qui germent dans le champ du travail ne soit étouffée par des règlemens préparés à une autre époque et dans des conditions différentes. M. Jules Simon est un zélé partisan de la coopération, qui occupe la plus large place dans son livre sur le travail ; mais son zèle, que nourrit une grande espérance, ne lui fait point perdre de vue les vérités fondamentales de l’économie politique. Rompant sans hésitation avec les sectaires, il accepte le salariat. S’il désire que le nombre des salariés diminue pour que le nombre des associés augmente, c’est-à-dire s’il demande à la coopération de combiner d’une manière qui lui paraît plus avantageuse les élémens nécessaires du travail, il reconnaît que le salaire est en lui-même très digne et très honorable. « Celui qui en rougit, dit-il, n’est pas digne de le gagner. » Il défend le capital contre les attaques qui sont toujours plus ou moins cachées sous les doctrines populaires. Il proclame que l’égalité des salaires est impraticable et injuste. Quand il recommande aux ouvriers de s’associer et de prendre en main leurs propres intérêts, quand il voit pour eux dans la pratique de leur administration intérieure un apprentissage utile de la vie publique et un acheminement vers la pratique éclairée et libre de leurs devoirs de citoyens, il se garde bien de leur dire que dans l’atelier coopératif chacun doit commander à tour de rôle, de par l’égalité, en haine de ce qui pourrait ressembler à la tyrannie permanente d’un patron. Enfin plus son ambition est haute pour le système dont il est assurément le plus habile et le plus séduisant

  1. Voyez la Revue des Deux Mondes du 1er avril 1866.