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du sacre, après mille hésitations, toute tremblante d’émotion et d’effroi, elle alla verser avec ses pleurs sa triste confidence dans les oreilles du pape. Pie VII en fut atterré. Sa réponse cependant fut pleine de tendresse à l’égard de la malheureuse femme éplorée, empreinte de douceur à l’endroit de celui qui l’avait trompé, et, pour ce qui regardait les devoirs du prêtre et du souverain pontife, d’un tact incomparable.

Canoniquement la situation de l’empereur ne le concernait pas, c’était affaire à régler entre sa conscience et lui. Il continuait donc, pour ce qui le regardait, à tout ignorer; mais, sachant de l’impératrice ce qu’il en avait appris, il ne pourrait, à son grand regret, la sacrer en même temps que son époux, si d’ici là ils n’avaient été mariés par un prêtre. Grande fut la colère de Napoléon quand il connut la démarche de Joséphine et la résolution du saint-père. Comprenant vite toutefois à quel point elle était inébranlable, il céda. Dans la nuit même qui précéda le couronnement, le cardinal Fesch, ayant pour témoins M. de Talleyrand et le maréchal Berthier, maria secrètement l’empereur dans la chapelle des Tuileries. Ces détails sur le mariage religieux de l’empereur et de Joséphine, accomplis de si mauvais gré et si tardivement, la veille même du sacre, sont restés jusque dans ces derniers temps inconnus du public. Plus scrupuleux qu’on ne l’avait été à son égard, le pape se considéra probablement comme lié par l’espèce de confession qu’il avait reçue de Joséphine; dans ses différends ultérieurs avec l’empereur, il n’en ouvrit jamais la bouche. Il n’y est jamais fait allusion dans les pièces émanées de la chancellerie pontificale, et le cardinal Consalvi, soit qu’il n’ait rien su, soit qu’il s’en taise par les mêmes motifs que le saint-père, n’en souille pas mot non plus dans ses mémoires. M. Thiers, qui le premier a raconté avec une parfaite exactitude cette scène de l’intérieur impérial, n’a pas décrit avec moins de vérité la physionomie générale de la cérémonie de Notre-Dame. Ce qu’il dit de la façon décidée, du geste à la fois impérieux et calme avec lequel Napoléon, devançant Pie VII, saisit la couronne pour la mettre lui-même sur sa tête, est emprunté aux souvenirs les mieux établis des contemporains. Il a raison d’ajouter qu’elle causa dans le moment parmi les assistans une très vive sensation, et qu’elle rencontra de la part du public de cette époque une générale approbation. Il nous appartient de constater qu’elle était la violation positive d’arrangemens convenus à l’avance. « Tous les empereurs de France, tous ceux d’Allemagne qui ont été sacrés par les papes, avait écrit le cardinal Consalvi le 7 août, c’est-à-dire quelques jours avant l’acceptation définitive, ont été en même temps couronnés par les pontifes. Le saint-père, pour se décider au voyage, a besoin