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Toutes les promenades aux environs des Eaux-Bonnes ont été découpées dans des moraines, et on peut y reconnaître les roches erratiques les plus communes des Pyrénées : les granites blancs de la chaîne centrale, les calcaires noirs et les ophites. Dans la plupart de ces moraines, on trouve, en cherchant avec soin, des cailloux rayés ou frottés. Tous les signes caractéristiques de l’action des glaciers se rencontrent donc réunis dans les Pyrénées. Le plus considérable était celui qui, partant des cirques de Gavarnie et de Troumouse, descendait vers Luz, où il recevait l’affluent de Barèges, puis à Pierrefitte, où il était rejoint par celui de Cauterets, au pied du pic de Viscos. De là les deux glaciers réunis s’avançaient dans la large vallée d’Argelez et arrivaient à Lourdes. Les innombrables blocs erratiques accumulés sur la montagne de Beout et en face sur le pic de Geer montent jusqu’à une hauteur de 420 mètres au-dessus du gave de Pau. La limite supérieure de ces blocs nous démontre que le glacier avait cette épaisseur lorsqu’il débouchait de la vallée d’Argelez dans la plaine sous-pyrénéenne. Aussi s’est-il étendu plus loin et a-t-il laissé aux environs de Lourdes un grand nombre de blocs et de moraines, témoins des longues stations qu’il a faites en se retirant. Le chemin de fer de Lourdes à Tarbes coupe dans l’espace de 4 kilomètres sept moraines terminales, dont la dernière est située immédiatement après le village d’Adé. Les tranchées de la voie ferrée de Lourdes à Pau sont coupées dans le terrain erratique jusqu’au village de Peyrouse. Le lac de Lourdes, qui rappelle sous tant de points de vue les jolis lacs de l’Ecosse, est un lac morainique : son écoulement se fait en amont, et ses eaux se versent dans le gave de Pau, près de Birens. Les alentours du lac sont couverts de blocs erratiques de granite énormes. Les plus gros de ces blocs se trouvent entre le lac et le village de Poueyferré. J’en ai mesuré un avec mon ami M. Edouard Collomb, qui avait 9m 50 de long, 7m40 de large et 3m60 de haut. Beaucoup de ces blocs sont dans des positions très pittoresques ; c’est dans les terres incultes envahies par les fougères et les ajoncs, au milieu des bois de chênes et de châtaigniers, qu’il faut les chercher, et la vue de ces beaux blocs nous a fait souvent regretter que la colonie de paysagistes établie près de la forêt de Fontainebleau ne détachât pas un de ses membres pour peindre ces groupes pittoresques. Calame donnait jadis rendez-vous à ses élèves au milieu des blocs erratiques du Kirchet, près de Meyringen ; ceux des environs de Lourdes n’ont rien à leur envier, et la vue des Pyrénées dans le lointain forme un fond de paysage plus grandiose que les contre-forts trop rapprochés de la vallée de Hasli, Les principales roches à l’état erratique autour de Lourdes sont les granites blancs, les quartzites rougeâtres, les