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champ de manœuvres habituel de l’armée du quadrilatère. En se retirant sur Vérone, les vaincus traversèrent l’amphithéâtre morainique dans toute sa largeur.

La dernière grande moraine terminale que nous ayons à signaler est celle du glacier qui descendait des Alpes carniques par la vallée du Tagliamento : elle occupait un district étendu situé au nord de la ville d’Udine. Plus à l’est, les montagnes sont trop basses pour avoir engendré ces puissantes nappes de glace qui envahirent jadis la grande plaine comprise entre les Alpes cottiennes et la mer Adriatique.

Les études sur les phénomènes glaciaires dans le nord de l’Italie ont soulevé plusieurs questions, et d’abord celle-ci : l’existence des nombreux lacs du versant méridional et du versant septentrional des Alpes se rattache-t-elle à la présence des moraines ? Il est certain que ces lacs n’auraient ni la même forme ni la même étendue, si les moraines qui les côtoient et surtout celles qui les circonscrit vent à leur extrémité inférieure n’avaient pas été édifiées pendant la période glaciaire ; mais la plupart de ces lacs n’en existeraient pas moins, leur profondeur le prouve : ils sont le résultat de grandes fractures produites par la dislocation des couches solides du globe. Ainsi le fond du lac Majeur est au-dessous du niveau de la mer, car ce lac, élevé de 197 mètres au-dessus de la Méditerranée, a jusqu’à 854 mètres de profondeur. Le lac de Côme, élevé de 218 mètres au-dessus de la mer, a une profondeur de 604 mètres, et celui d’Iseo, dont l’altitude est de 197 mètres, a 340 mètres de fond. Mais comment les anciens glaciers ont-ils traversé ces bassins lacustres ? Ces bassins étaient-ils vides ou remplis par les masses de cailloux charriés par les rivières et les torrens qui se jetaient dans leur sein ? le glacier a-t-il creusé de nouveau ces lacs comblés par l’apport des eaux, ou bien remplissait-il tout le creux de la dépression, hypothèse qui, sur le lac Majeur, assignerait au glacier de la Toce, près des îles Borromées, une puissance de 1,250 mètres ? ou bien encore le glacier surplombait-il le lac comme ceux du Spitzberg surplombent la mer ? Toutes ces questions divisent les géologues. Quelques-uns, MM. de Mortillet, Gastaldi, Omboni, Ramsay, Lory, pensent que les glaciers ont creusé les lacs ou du moins leurs bassins, comblés préalablement par l’apport des eaux diluviennes : ils soutiennent la théorie de l’affouillement glaciaire, MM. Murchison, Desor, Alphonse Favre, Benoît, J. Bail, la combattent. Il m’est impossible de reproduire ici toutes les raisons données de part et d’autre. Il y a, dans les rapports du terrain erratique avec les lacs et les nappes de cailloux roulés de l’un et de l’autre versant alpin des particularités singulières et inexpliquées jusqu’ici : elles seront éclaircies à leur tour par une hypothèse ou par l’autre. La tâche