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saillie à l’entrée du golfe de même nom ; le glacier, en passant par-dessus, les a striées et arrondies. Partout d’énormes blocs erratiques provenant des Alpes sont semés sur les flancs des montagnes. Il en est un, composé de schiste serpentineux, qui se voit au-dessus du palais de la duchesse de Gênes, à Stresa ; j’en estime le volume à 1,500 mètres cubes. Sur le Motterone, au-dessus des îles Borromées, ces blocs s’élèvent à 850 mètres au-dessus du lac Majeur : c’était l’épaisseur du glacier en ce point. Là il se séparait en deux branches ; l’une occidentale, contournant le massif du Motterone, à poussé ses dernières moraines au-delà du lac d’Orta, qu’elles barrent complètement ; l’autre, plus considérable, rejoignait sur le promontoire de Pallanza le puissant glacier du Tessin descendu par la vallée Levantine des sommets du Saint-Gothard. Les deux glaciers réunis ont couvert tout le pays occupé par les lacs Majeur, Varese et de Lugano. Deux chemins de fer, celui de Sesto-Calende à Milan et celui d’Arona à Novarre, sont creusés dans le terrain erratique. De nombreux villages, Sessona, Golasecca, Somma et Crena, sont construits sur cette moraine qui sert de champ de manœuvres à l’armée italienne ; mais à partir de Gallarate on n’est plus dans le domaine du glacier. Sur le chemin de fer d’Arona à Novarre, on en sort un peu avant d’arriver à Ollegio. Cette immense moraine rejoignait près de Porlezza et de Côme celle du glacier de l’Adda, qui, des hauteurs du Splugen, descendait par la vallée de Chiavenna pour se réunir, à l’extrémité septentrionale du lac de Côme, à l’immense glacier qui remplissait la Valteline. Tous deux confondus ont occupé le bassin du lac et poussé leurs dernières moraines jusque près de Monza. Sur le lac de Xôme, la nappe de glace avait 700 mètres d’épaisseur ; en effet, sur le Monte-San-Primo, élevé de 1,595 mètres au-dessus de la branche orientale, sir Henri de la Bêche signalait, il y a déjà longtemps, un bloc appelé il Sasso-di-Lentina, long de 18 mètres, large de 12, haut de 8, et élevé de 700 mètres au-dessus du niveau du lac.

Un glacier relativement petit débouchait par le val Camonica, entre Bergame et Brescia ; mais celui qui correspond au lac de Garde rivalise avec ceux des grands lacs lombards. Toutes les collines aux environs de Peschiera sont des moraines. Formant une ligne de défense pour la Vénétie, elles ont été le théâtre de sanglans combats et arrosées de sang français, allemand et italien. Lonato, Castiglione, San-Martino, Solferino, sont situés sur la moraine. Ces collines, composées de matériaux erratiques, rompent seules l’uniformité de la plaine lombarde, et c’est toujours là que se livreront les batailles dont là possession de la Vénétie sera l’enjeu. Avant la bataille de Solferino, les Autrichiens occupaient le revers oriental de la moraine, et les Français durent les déloger de ces hauteurs,