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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/60

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poison que vous nous avez apporté là. » Si c’était ainsi qu’on remplissait le premier et le plus simple des engagemens qu’on avait pris avec lui, qu’adviendrait-il des autres? Il ne voulut pas se décider toutefois dans une affaire aussi grave sans prendre derechef l’avis du sacré-collège. Les cardinaux jugèrent que du moment où, sur les engagemens pris, on avait adhéré au voyage de Paris uniquement pour procurer un plus grand bien à la religion, il fallait tout sacrifier à ce but [1].


III.

Pie VII partit de Rome le 2 novembre. On eût souhaité à Paris de le voir accompagné du plus grand nombre de cardinaux possible. Plus sa suite eût été considérable et pompeuse, plus l’éclat en aurait rejailli sur le souverain qu’il venait consacrer. Le pape aspirait au contraire à ne donner à la cérémonie qu’une splendeur restreinte. Il amena seulement avec lui six cardinaux et deux princes romains, chefs de sa garde noble, quatre évêques et quelques prélats. Les plus pressantes sollicitations lui avaient été adressées pour que son secrétaire d’état fût aussi du voyage, mais le saint-père répondit « qu’il était de toute impossibilité que Rome fût à la fois abandonnée par le souverain et par son premier ministre, » et le cardinal Consalvi ne quitta point son poste. Pendant le trajet de Rome à Paris, on expédia courrier sur courrier au saint-père pour hâter chaque jour sa venue. Il fut contraint, écrit Consalvi, d’effectuer ce voyage avec une précipitation aussi indécente pour sa dignité que nuisible à sa santé. On ne l’avait pas même consulté pour fixer l’époque de la cérémonie, en un mot, ajoute le secrétaire d’état, on fit galoper le saint-père à Paris comme un aumônier que son maître appelle pour dire la messe [2].

La première entrevue entre Pie VII et Napoléon eut lieu en rase campagne, au carrefour de Saint-Hérem, sur la route de Fontainebleau à Nemours. Napoléon était en costume de chasse, botté, éperonné et environné d’une meute de chiens. Cette rencontre et cet appareil n’étaient point l’effet du hasard; c’était une combinaison ingénieuse qu’avait arrangée le nouvel empereur. Il lui déplaisait, à lui souverain élu de la veille, d’aller en grande cérémonie et en tenue officielle au-devant d’un autre souverain, fût-ce même le successeur de saint Pierre. Ce qui lui aurait bien autrement répugné, c’eût été de se prosterner devant lui et de lui donner, même

  1. Mémoires du cardinal Consalvi, t. II, p, 402.
  2. Ibid., t. II, p. 403.