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comme entre les tarifs plus ou moins avantageux de telles ou telles ! entreprises, de quel côté devraient se porter ses préférences et son choix.

Entre les assurances sur la vie proprement dites et les assurances en cas de mort se placent toutes les combinaisons qui ont pour but de parer à un risque personnel, à un accident non mortel, au chômage, à la maladie, voire à une perte d’argent, au remboursement d’une créance, à un besoin de crédit. Ces risques si divers donnent lieu aux plus nombreuses, aux plus utiles opérations. Les sociétés de secours mutuels exceptées, on peut dire qu’en général c’est l’assurance en cas de mort, la constitution d’une sommé payable au décès, qui couvre toute chance d’accident ; il nous reste donc à envisager sous cette forme les devoirs ûe la prévoyance individuelle.


II. — ASSURANCES EN CAS DE DECES.

Les assurances en cas de décès, dernières venues en [France, eurent grand’peine à s’y développer. En dépit des prospectus, des affiches, des réclames portées à domicile, l’opération courageuse qui consiste à se retrancher un peu du revenu présent pour constituer un capital dont jouiront des héritiers quelquefois ingrats, et le calcul lugubre qui énumère les chances qu’on a de mourir dans un temps plus ou moins court, n’eurent pendant plus de trente ans qu’un médiocre succès de ce côté de la Manche. Était-ce faiblesse de caractère, infirmité d’esprit ou lacune dans notre éducation financière ? était-ce même, chose plus regrettable, insouciance des devoirs de famille et relâchement des affections domestiques ? Non, il faut attribuer ce résultat surtout au manque de revenu en général et à l’infériorité de notre richesse mobilière. Certes l’économie a été de tout temps une vertu française : la bourgeoisie lui doit son origine et sa grandeur. Certes l’amour des enfans tient une grande place, la plus grande place dans le cœur de cette nation ; elle y a puisé la loi sur l’égalité des parts héréditaires qu’elle persiste à conserver malgré les suggestions de quelques économistes qui considèrent le morcellement des propriétés comme un obstacle à la production. S’il en est ainsi, quoi de plus conforme aux habitudes d’épargne et aux mouvemens de la tendresse paternelle que cette assurance destinée à combler le vide que fera la mort du chef de famille dans les ressources de ses enfans ? Dès 1819, année où s’est fondée la plus ancienne de nos sociétés d’assurances sur la vie, ces vérités étaient les mêmes qu’aujourd’hui, et cependant il n’y a pas plus de dix ans que les assurances en cas de mort ont pris chez nous quelque extension : les résultats obtenus en Angleterre auraient dû pourtant nous ouvrir plus tôt les yeux.