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notamment au portefeuille, dont l’excellente composition justifie le renom mérité de ces grandes puissances financières. À part cet avantage, qui n’est pas à dédaigner, les plus récens rapports lus aux assemblées générales des actionnaires accusent une diminution et même des pertes dans les opérations de rentes viagères. Au 31 décembre 1863, le total des capitaux reçus par les compagnies à primes pour assurances de rentes viagères n’atteignait pas, suivant M. Duménil, 191 millions de francs, et le montant des rentes assurées s’élevait à 19,300,000 francs. Ces chiffres ne sont pas considérables par rapport à notre population.

À cette même date, les sommes encaissées par les sociétés mutuelles, auxquelles il nous faut revenir, dépassaient 318 millions, et les rentes sur l’état achetées pour elles 14,300,000 fr. Il semblerait d’après ces chiffres que la faveur publique s’attache de préférence à ces opérations ; mais il faut distinguer les périodes. C’est à partir de 1835 seulement, c’est-à-dire après quarante ans d’oubli, que les tontines reparurent en France sous la forme de sociétés appelées encore aujourd’hui sociétés mutuelles tontinières. Le succès des compagnies à primes anglaises avait suscité en France la création de compagnies semblables ! Les larges bénéfices de ces sociétés françaises à primes fixes réveillèrent l’esprit de mutualité, jaloux de voir passer la fortune des associés aux mains d’actionnaires étrangers ; mais la mutualité, en ce qui touche l’assurance sur la vie, se constitua chez nous dans les plus mauvaises conditions. On recourut en effet, non au système perfectionné des dernières mutualités anglaises, mais au système vicieux de l’Amicable Society de 1706. Sur ce type de nombreuses mutualités se créèrent ; elles admirent sans limitation de nombre, sans distinction d’âge, de sexe, de profession, tous les souscripteurs, quelle que fût leur mise, à la seule condition de s’engager pour un temps égal, à l’expiration duquel les survivans se partageraient le produit des mises, converties en rentes sur l’état, accrues des intérêts composés et de la part des associés décédés. Grâce aux efforts plus heureux que méritoires des courtiers à qui les compagnies finirent par abandonner la plus grande partie de leurs frais d’administration, ces nouvelles tontines se développèrent rapidement. Les chiffres précédens le constatent d’autant mieux que depuis quelques années le mouvement s’est bien ralenti. Dès le début, il avait obéi à des apparences spécieuses. le gouvernement a entouré en effet la constitution de ces sociétés mutuelles de précautions sévères. Les fonds versés sont immédiatement employés en achats de rentes sur l’état, inaliénables jusqu’à la liquidation des sociétés arrivées à terme. Le gouvernement surveille strictement la répartition des mises, ainsi que la gestion des compagnies, dont tout le bénéfice se réduit à quelques frais d’administration. À