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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/52

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faire pendant le séjour de Pie VII [1]; car supposer qu’en définitive le saint-père pourrait bien ne pas venir à Paris, c’est pour lui une hypothèse si effrayante, qu’il n’ose pas l’aborder même en imagination.

A Rome au contraire, on aurait bien souhaité de pouvoir honnêtement refuser. Ce n’était point seulement le souvenir si vif encore du meurtre récent du duc d’Enghien qui troublait Pie VII. Il venait de recevoir les réclamations canoniques que M. Arthur Dillon et douze autres évêques français non-démissionnaires venaient de lui adresser contre le concordat. Ces réclamations, écrites d’un ton différent des précédentes, où se trouvait mêlée une déclaration expresse en faveur des droits personnels du roi Louis XVIII à la couronne de France, avaient déchiré le cœur du pape. Il ne souffrait pas moins de s’entendre traiter à Rome par les ministres des cours étrangères de chapelain de l’empereur [2]. Si les cabinets européens en effet témoignaient à Paris pour le futur souverain de la France d’une déférence qui allait jusqu’à l’obséquiosité, loin de son regard redoutable, ils tâchaient de prendre leur revanche. L’Autriche en particulier, qui n’avait rien trouvé à redire à la violation du territoire germanique, avait quelque mauvaise humeur de voir un empereur de plus en Europe, et la consécration solennelle du nouvel élu par le saint-père excitait particulièrement sa jalousie. L’habile secrétaire d’état avait vite compris qu’il ne suffisait plus d’abonder dans les demi-mots du cardinal Fesch, et qu’il fallait ou épouser la cause d’un guerrier illustre affamé de gloire et de conquêtes, ou rompre définitivement avec lui. « Il prévit sur-le-champ ce que l’on pouvait attendre d’un tel homme, si par un refus on le blessait au plus vif [3]... » Pour suivre la route droite et ne pas se tromper au milieu de tant de difficultés, il n’y avait, dit-il dans ses mémoires, qu’à marcher avec une grande pureté d’intention. Il importait de ne pas se laisser guider par des vues autres que celles qu’il appartenait au pape de manifester en raison de son caractère et de son apostolat.

Tels furent les sentimens parfaitement avouables qui dictèrent les premières réponses de Consalvi à l’ouverture que le légat avait été chargé de transmettre à Rome. « Il n’y a pas de motif humain, tel grand soit-il, répète le secrétaire d’état, qui pourrait justifier

  1. Le cardinal Caprara au cardinal Consalvi, 16, 20, 26 mai 1804.
  2. « Le seul bruit vague de la possibilité du voyage du pape a provoqué un déluge de critiques, à commencer par les ministres étrangers, qui donnent au saint-père le titre de chapelain de l’empereur. » Le cardinal Consalvi au cardinal Caprara, dépêche chiffrée du 5 juin 1804,
  3. Mémoires du cardinal Consalvi, t. II, p. 385.