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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/515

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mais non, cet homme de bien qui a écrit des vers populaires et de savans volumes, cet ancien ministre de Pie IX et de Victor-Emmanuel, ce sénateur qui représentait naguère le royaume d’Italie à la petite cour d’Athènes, où l’absorbait la grandeur des souvenirs, a toujours passé auprès des philosophes pour un politique, et auprès des politiques pour un philosophe.

Hâtons-nous de le dire, M. Mamiani en prend sagement son parti. Quoique la philosophie ait toutes ses prédilections depuis nombre d’années, il n’est pas assez détaché des choses de ce monde pour n’avoir pas senti battre son cœur au réveil de sa patrie, et rendu à la liberté les services qu’elle réclamait de lui. Ayant ainsi rompu l’unité de sa vie, il ne prétend point à l’originalité en métaphysique. Il nous le dit lui-même avec une rare modestie. Il n’a d’autre but, d’autres prétentions que de donner un corps à la philosophie platonicienne, telle qu’elle est comprise et enseignée en Italie depuis un quart de siècle, en expliquant ce que ses prédécesseurs ont laissé d’obscur, en comblant leurs lacunes, en montrant que Platon commence où finit Aristote, et qu’en bien des matières celui-ci complète celui-là.

Mais toute la modestie du monde n’expulse pas le petit grain d’orgueil qui se loge dans chaque cervelle humaine : M. Mamiani se flatte d’avoir « sur toute chose étudié le lien et la rigueur démonstrative, et donné à la science entière un commencement a priori, inébranlable et fécond. » S’il y avait réussi, il serait le plus grand philosophe qu’ait encore produit l’humanité, car ni Platon, ni Aristote, ni Descartes, ni Leibniz, ni Kant, ni Hegel, n’ont trouvé cette pierre philosophale de la métaphysique, que leurs successeurs chercheront encore bien longtemps. M. Mamiani est donc un platonicien; mais c’est peu dire, car, parmi les spiritualistes, qui n’est plus ou moins platonicien? Lui-même il soupçonne qu’on pourrait bien l’appeler éclectique, et il s’en console, si la vérité s’abrite sous les plis de ce célèbre drapeau. On pourrait dire encore qu’il a quelque parenté avec les Écossais, non pas avec cet Hamilton, le dernier d’entre eux, qui niait beaucoup de choses, surtout la possibilité d’une science démonstrative, mais avec Reid, qu’il a jadis combattu, et qu’il dépas.se tout au moins par le désir d’un horizon plus large, d’une science plus élevée. Enfin son admiration de l’heure présente est pour M. Jules Simon, cet habile vulgarisateur qui sait, sans sacrifier le fond des choses et sans renoncer aux idées sérieuses, intéresser les moins savans aux problèmes qu’il éclaire de sa parole ou de ses écrits. Les philosophes que M. Mamiani combat et qu’il tient pour funestes, c’est Hegel, ce sont les hégéliens, qui ont fait à Naples, où les ont introduits MM. Véra et quelques autres, une fortune inquiétante pour les autres doctrines. Cependant, en vrai philosophe de l’école libérale, M. Mamiani ne demande point que la parole leur soit ôtée. « Je remercie Dieu, dit-il, qu’il ait à la fin fait luire sur notre Italie le soleil de la liberté, et je désire que toute opinion spéculative puisse y être controversée avec plus de franchise encore, s’il est possible, qu’en Angleterre et en Amérique.