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faits que l’on observe et les lois que l’on déduit de ces faits. De là deux méthodes d’exposition : la méthode analytique, qui montre d’abord les faits et fait ressortir de leur comparaison les principes par lesquels ils sont régis; la méthode synthétique, qui énonce d’abord les principes et énumère ensuite les faits par lesquels les principes sont confirmés. Quelle que soit la méthode que l’on préfère, les faits et les lois forment un tout connexe, et les uns ne peuvent être envisagés sans les autres. Sans les lois, la science n’est qu’une énumération sèche et stérile; sans les faits, elle n’apparaît que comme une série d’hypothèses et n’a pas sa raison d’être. La marche habituelle de l’enseignement élémentaire est de commencer par l’exposé des faits et d’en faire jaillir l’une après l’autre aux yeux de l’élève les conséquences théoriques. L’esprit débute par les faits simples et les idées faciles, puis, d’induction en induction, par une sorte d’escalade intellectuelle, il s’élève au niveau des idées les plus abstruses, des phénomènes les plus complexes et domine le sujet.

La méthode des livres amusans est de ne s’en tenir ni à l’une ni à l’autre des méthodes qui précèdent. Ces livres cueillent dans la masse les faits d’expérience les plus saillans ou ceux qui étonnent le plus l’imagination. Loin de les grouper avec art ou de les enchâsser dans les liens solides d’une théorie, on les dispose de telle sorte qu’ils se heurtent. Plus extraordinaires ils sont, plus ils semblent dignes d’être notés. Le péril de ce procédé est aggravé encore par la légèreté du lecteur qui lit ici quelques lignes, saute dix pages, s’arrête sur une gravure et ne cherche nulle part à conserver le fil des idées ou à deviner le sens intime des phénomènes. Que reste-t-il d’une étude si superficielle? Quelques mots techniques qui donnent un semblant d’instruction, le souvenir vague et confus de certains faits remarquables. La science entrevue sous cet aspect ne ressemble pas mal à une chaîne de montagnes que l’on contemplerait d’un lieu élevé et dont les régions inférieures seraient cachées par des nuages. Çà et là quelques cimes émergent au-dessus du niveau embrumé. Voici, dit-on, le Mont-Blanc, voici le Simplon, voici le Mont-Cenis. Vous apercevez le profil des pics isolés, vous en retenez les noms, peut-être les traits distinctifs; mais l’ensemble de la chaîne vous échappe. Vous n’en saisissez ni les cols ni les défilés, ni la direction, ni l’étendue. Vous ne connaissez pas le pays; il ne vous reste pas même une idée nette du paysage.

Ce qui charme dans l’étude approfondie d’une science et donne de l’attrait aux conceptions les plus élevées, c’est que d’une idée simple, primitive en quelque sorte, on voit découler par des déductions logiques un ensemble harmonieux de phénomènes naturels. Plus est élémentaire l’idée qui est le point de départ, plus elle nous plaît; plus les conséquences en sont conformes aux faits que nous avons sans cesse sous les yeux, plus parfaite nous trouvons la théorie.

Pour les ignorans qui ne veulent que s’amuser, non s’instruire, il n’en