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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/500

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la réforme de l’armement, rien ne serait changé dans la direction fatale que la politique continentale suit depuis quinze ans. En face de peuples et d’états plus agités d’ambitions d’agrandissement, il n’y aurait qu’une France militairement plus forte et mieux préparée aux incidens de la guerre. La guerre serait toujours le dernier mot de la situation. Ne nous y trompons point : la fureur de condensation des forces par l’agglomération des masses a pour cause, chez les nations voisines dont les tendances nous inquiètent, les souvenirs de notre histoire rapprochés des conditions actuelles de notre politique intérieure et de la part trop grande et presque exclusive que nous avons donnée en ces dernières années dans notre existence à la conception des desseins diplomatiques et aux entreprises de politique étrangère. C’est parce qu’elle voit la France, interrompant les nobles et féconds exercices de la liberté, toujours tournée vers le dehors, c’est parce qu’elle a trop de motifs de n’avoir pas oublié notre histoire que l’Allemagne, faisant temporairement violence à ses traditions et à son tempérament national, veut être une et même prussienne pour se sentir forte. Ce qu’il y a de violent et, on pourrait le dire, d’inhumain dans l’état présent de l’Europe cesserait, nous en avons la foi profonde, le jour où la France prendrait l’intelligent et heureux parti de renoncer à cet état de discipline politique et de revenir aux véritables institutions de la paix, c’est-à-dire à l’action complète des libertés intérieures. La puissance de cette initiative serait irrésistible ; elle se ferait sentir partout ; les peuples échapperaient à la dictature discrétionnaire des pouvoirs ambitieux et à ces systèmes de gouvernement de cour, absurde mélange de barbarie, de superstition et de frivolité dont la durée fait honte à notre époque ; ils ne nourriraient plus les uns envers les autres de haineux ombrages : ils s’exhorteraient à des progrès plus rapides par une émulation pacifique ; ils apprendraient à s’estimer au lieu de s’exciter à la haine.

La France a son sort dans ses mains ; en peu d’années, son sort sera décidé par le parti qu’elle voudra prendre. Émus de telles pensées, nous verrions avec regret la politique étrangère nous détourner par des diversions du travail intérieur que nous avons à faire sur nous-mêmes. Parmi les difficultés étrangères, il en est une qui apparaît avec une nouvelle gravité : c’est la question d’Orient. Le malheur de cette lente décomposition du monde oriental dans les provinces de l’empire turc, c’est qu’on y assiste au spectacle d’une lutte entre deux faiblesses. La Turquie ne peut point subjuguer .entièrement les populations grecques et slaves de ses provinces européennes ; si l’on excepte la Servie et la Roumanie, qui briseront, quand elles voudront, les derniers chaînons usés de la suzeraineté ottomane, les Grecs et les Slaves ne paraissent point être en mesure de conquérir eux-mêmes leur indépendance. Nous le répéterons, la question orientale ne peut arriver à l’état de véritable crise que dans les occasions où elle devient le prétexte de quelque démarche décisive d’une grande puissance