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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/499

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les Anglais fussent attachés par plus de liens que nous aux vicissitudes du corps germanique ? Les conséquences de la spoliation du Danemark, qui a été le commencement de la grandeur de la Prusse, les émeuvent-elles, les touchent-elles comme nous ? En abandonnant le Danemark, nous sommes entrés dans une fausse route que nous devions fatalement parcourir jusqu’au bout. Nous sommes devenus peu à peu les complaisans de M. de Bismark, que nous pressions au commencement de 1863 de sommations sévères à propos de la Pologne. À la veille des batailles où allait se fonder la grande Prusse, nous maudissions les traités de 1815, qui ne nous font plus de mal. Ce ne sont point ces traités qui nous forcent aujourd’hui à former une grande armée. Quant à la Russie, qui s’entend à en détester les dispositions gênantes pour son ambition, elle en lance en ce moment les derniers morceaux à la face de l’Europe en supprimant jusqu’au nom du royaume de Pologne. L’insolence muette de ce geste russe est la digne conclusion de ce cycle malheureux.

Cette carrière de la politique étrangère, la seule qui reste ouverte quand les voies de la politique intérieure sont fermées, vient de nous être trop fâcheuse pour que la France raisonnable, prévoyante, attentive aux grands risques auxquels elle est exposée, sommée par les événemens de veiller aux premiers intérêts de son existence, consente à y errer vaguement avec une docilité moutonnière. Il faut que l’àme et l’intelligence du pays se fassent sentir plus directement et d’une façon plus continue sur le pouvoir. Le gouvernement du pays par le pays ne peut s’exercer que par une hiérarchie d’impulsions et de responsabilités qui, recevant et transmettant le mouvement, fassent plus vivement et plus énergiquement remonter vers le pouvoir les forces intellectuelles et morales de la nation. Le gouvernement a eu un mérite que nous n’avons point fait difficulté de reconnaître : après les événemens d’Allemagne, il a eu la franchise d’avertir la nation qu’elle devait veiller à sa sûreté. Le mérite devrait aller plus loin encore : le gouvernement devrait solliciter avec une prévenance cordiale les avertissemens du pays, et on ne peut obtenir les effets d’une grande et permanente consultation politique que par un confiant et libéral développement des franchises publiques. Nous nous adressons ici autant au cœur qu’à l’intelligence des hommes qui gouvernent. Le libéralisme ne doit pas rougir de devenir suppliant quand les clairs devoirs du patriotisme le lui ordonnent. S’obstiner dans un système de précautions qui entrave l’essor des vives inspirations et des forces spontanées du pays, ce serait ajouter l’erreur d’une fausse politique à la courte haleine d’un patriotisme infirme. Il n’est plus question aujourd’hui de placer les garde-fous au point où on les a mis il y a quinze ans. Voyez où est l’intérêt vital dans « ces vastes et pressantes combinaisons de la politique étrangère qui sont un sujet de préoccupation si grave. Si les révolutions produites cette année dans l’état de l’Europe n’avaient chez nous d’autre effet que l’accroissement de l’armée et