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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/459

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butte depuis cinq ans seulement que nous y sommes ! Avec quelle impatiente amertume ne lui reproche-t-on pas les quelques millions pour lesquels elle est inscrite au budget, sans songer qu’il n’est pas d’établissement lointain qui n’ait passé par les mêmes épreuves! L’exemple de la ténacité anglaise devrait nous servir de leçon.

En même temps que la fortune dotait Ceylan de nouvelles richesses, nous avons dit qu’elle lui en retirait d’autres, la cannelle et les perles. De même il ne sort plus guère de l’île aujourd’hui que pour 250,000 francs par an de ces pierres précieuses dont la réputation remonte à l’antiquité la plus reculée, et que Marco-Polo célébrait avec tant d’enthousiasme. On en rencontre parfois, dit-on, à Neuera-Ellia; les Anglais qui y viennent en villégiature ou pour changer d’air se font même un passe-temps de cette recherche, mais les fragmens microscopiques de saphirs et de topazes qui en sont le résultat n’enrichiront jamais aucun d’eux. D’ailleurs ce que le convalescent demande surtout à cette délicieuse vallée, située à 2,000 mètres d’élévation, c’est le climat d’Europe où se retrempent les constitutions affaiblies par les énervantes chaleurs de la côte; il y trouve des jouissances ignorées à Colombo, du feu le soir, la nuit une couverture de laine, parfois même une gelée blanche le matin, et la provision de santé qu’il en rapporte vaut mieux assurément que toutes les pierreries du monde. Dans une autre partie de l’île, le chef-lieu du district jadis le plus fertile en gemmes conserve toujours son nom significatif de Ratnapoura, la ville aux rubis; mais ce n’est que pure tradition, et il n’est pas nécessaire d’être un bien grand lapidaire pour apprécier à leur juste valeur les spécimens douteux que les indigènes font miroiter aux yeux du voyageur inexpérimenté. Est-ce pour le mieux affriander qu’ils enveloppent toujours leur offre d’une apparence de mystère? Je l’ignore; mais je sais que je vis l’un d’eux enchanté de donner pour un shilling un irrécusable morceau de bouchon de carafe dont il avait eu l’effronterie de demander d’abord 8 livres sterling. On peut cependant trouver quelquefois de beaux échantillons d’une pierre dite œil-de-chat, très curieuse par ses reflets verts et phosphorescens. Une autre gloire déchue de Ceylan est l’éléphant, qui, s’il n’a pas encore complètement disparu de la colonie devant les progrès de la civilisation, est au moins devenu d’un emploi bien moins fréquent que par le passé. Plein des souvenirs de Bangkok, je me sentais d’avance pénétré de respect pour un animal dont le père, avec la longévité que lui attribue le classique Buffon, avait pu voir se succéder dans l’île les Portugais, les Hollandais et les Anglais; mais ses beaux jours sont passés : on n’aperçoit plus