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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/440

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Personne pour si peu ne détourna la tête;
L’homme seul recula, fléchit comme une bête
Qu’on assomme, et sortit hagard, muet, perclus.

Il eut de la prison, je crois,., je ne sais plus.

LA MORTE.


Le chemin bordait ce taudis,
Un souffle avait poussé la porte;
En passant, on voyait la morte
Sur son grabat, les pieds raidis.

Avec sa croix, sa branche verte,
Son eau bénite et son linceul,
Le pauvre corps était là, seul.
Les yeux fermés, la bouche ouverte.

Ah ! comme il faisait beau dehors!
Au fond de la chaumière sombre.
Une chandelle auprès du corps
Tristement palpitait dans l’ombre.

A terre, un petit chat jouait
Avec le fuseau du rouet,
Accroupi dans la bière vide.
La vieille morte était livide

Et le réduit silencieux.
C’était au printemps; — une mouche
Bourdonnait autour de ses yeux
Et du trou béant de sa bouche.

Il venait des cieux irisés,
On entendait dans les ramures,
Ces sons qui semblent des murmures.
Ces bruits qui semblent des baisers.

L’onde et la rive avaient entre elles
Et l’ombre avait avec le jour
De ces ravissantes querelles.
Petits secrets du grand amour.