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a désigné ces petits amas de glace sous le nom de glaciers de second ordre.

Dans les Pyrénées, moins élevées que les Alpes et situées sous une latitude plus méridionale, les glaciers n’atteignent pas les vallées et restent suspendus aux flancs des plus hautes montagnes. Les plus grands sont ceux du Vignemale, de Crabrioules, du Mont-Perdu et de la Maledetta : ils rentrent dans la catégorie des glaciers de second ordre. Dans la grande chaîne des Alpes on trouve la mer de glace de Chamonix, qui a 12 kilomètres de long. Le glacier d’Aletsch débouche dans le Valais près de Viége après un parcours de 24 kilomètres; celui de l’Aar dans les Alpes bernoises en a 8, sur une largeur maximum de 1,450 mètres. Des mesures très approximatives de la puissance du glacier de l’Aar ont permis à M. Desor d’en évaluer le volume à 2 milliards 400 millions de mètres cubes de glace; le volume de celui d’Aletsch serait de 22 à 24 milliards. L’extrémité inférieure des quatre glaciers des Alpes qui descendent le plus bas, savoir celui de Grindelwald inférieur, des Bossons, d’Aletsch et de la Brenva, est à 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Dans l’Himalaya, l’élévation des massifs compense l’influence de la latitude (30° latitude sud), et d’immenses glaciers descendent jusqu’à 3,000 mètres au-dessus de la mer. Le capitaine Montgomerie a mesuré le glacier de Baltoro dans la vallée de Brahaldo; il a 58 kilomètres de long sur une largeur de 2 à 4 kilomètres. Le glacier de Biafo est un fleuve de glaces de 103 kilomètres de long. Dans l’Himalaya occidental, le capitaine Godwin Austen a parcouru le glacier qui descend du Mooztagh et donne naissance au puissant affluent de l’Indus appelé Shiggar : il a 58 kilomètres de long comme celui de Baltoro. Ces dimensions n’ont rien de surprenant, si l’on réfléchit que le col le plus voisin par lequel les voyageurs passent à Yarkand, dans la petite Boukharie, est à 5,400 mètres au-dessus de la mer, et que le pic de Karakorum, le sommet culminant du massif, s’élève à 8,460 mètres, c’est-à-dire 2,650 mètres plus haut que le Mont-Blanc. Auprès de ces fleuves de glace, ceux des Alpes sont des ruisseaux, et les sommets qui les dominent de modestes montagnes. En Asie, tout est colossal; l’Europe est une miniature.

Les montagnes du Caucase en sont une nouvelle preuve; elles commencent à être connues par les voyages de Parrot, Kholenati, Abich, Meyer et Ruprecht. L’élévation de leurs sommets égale celle des Alpes : l’Elbrus la surpasse, il a 5,420 mètres d’élévation, le Kasbeck 4,677 mètres, le Didi-gwerdi 3,560. De puissans glaciers s’avancent jusque dans les vallées cultivées et habitées du pays.