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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/385

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l’autocratie triomphante de Louis XIV s’épuise et glisse sur la pente où la tardive et impuissante honnêteté de Louis XVI ne pourra plus la retenir. On a parlé bien souvent de Louis XV; on n’avait pas tout dit, puisque de nouveaux documens sortent des archives comme un témoignage de plus sur cette époque où les destinées françaises se rapetissent dans l’intrigue, et peut-être ces documens nouveaux mis à jour par M. Boutaric ne disent pas tout encore. C’est le propre de ces régimes qui ont vécu de mystère de ne pas livrer du premier coup tous leurs secrets, de laisser au temps le soin d’éclaircir ce qu’ils ont fait et ce qu’ils n’ont pas su faire. Ces révélations qui paraissent maintenant, qui ne font d’ailleurs que préciser ce qu’on soupçonnait, ces révélations ont un mérite et même une opportunité singulière : c’est dans un moment de trouble pour la politique de l’Europe, particulièrement pour la politique de la France, qu’elles ramènent l’attention sur des événemens qu’une autocratie énervée ne sut empêcher, auxquels se rattachent à travers dix guerres et dix révolutions ces autres événemens qui viennent encore une fois de mettre à l’épreuve tout le système européen. C’est alors en effet, dans ce milieu du XVIIIe siècle, entre 1740 et 1775, que se forme réellement cette situation diplomatique dont la dernière crise n’est qu’une phase nouvelle. Alors comme aujourd’hui il s’agit de savoir ce que va devenir l’Allemagne avec son laborieux équilibre dans la tempête soulevée par une jeune et âpre ambition. Alors comme aujourd’hui c’est la Prusse qui marche l’épée haute sur l’Autriche, et qui grandit tout d’un coup sous la main victorieuse d’un Frédéric II. Alors comme aujourd’hui la France, placée entre l’Autriche et la Prusse sans parler des autres, voit se lever devant elle cette question des alliances qui lui a plus d’une fois porté malheur. Entre les deux époques, il y a sans doute des différences frappantes, et cependant je ne sais quelle analogie intime survit et se manifeste à travers tout. On dirait un drame longtemps interrompu qui se renoue subitement, — tant le vieux plan des choses semble se reproduire en se resserrant, en volant d’un pas précipité vers le dénoûment. Ce sont les mêmes acteurs qui se retrouvent en présence presque dans les mêmes conditions, et l’Europe a pu se croire par instans en face des champs de bataille de la guerre de sept ans, si ce n’est que cette fois, comme on l’a dit dans l’enivrement de la victoire au camp prussien, c’était la guerre de sept jours.

Ces événemens de l’autre siècle, — je ne parle que de ceux-là bien entendu, — avaient mal commencé pour la France; ils devaient mal finir. Engagés à la légère et comme au hasard vers 1740, ils aboutissent en trente ans à la triste paix de 1748 qui dénoue la guerre de la succession d’Autriche, — à la paix plus triste encore