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LES MISÈRES
DU POUVOIR ABSOLU

LA POLITIQUE SECRÈTE DE LOUIS XV.

Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère et autres documens relatifs au ministère secret, publiés d’après les originaux conservés aux archives de l’empire, et précédés d’une introduction par M. E. Boutaric; 2 vol. in-8°, Plon, éditeur, 1866.

Un des plus instructifs, un des plus curieux spectacles de l’histoire, c’est le spectacle du pouvoir absolu aux prises avec lui-même, s’embarrassant dans ses propres pièges, s’affaissant sous son propre poids en entraînant le destin d’un pays. Parce que dans cette arène où se joue la fortune des peuples il surgit de temps à autre un Richelieu, un Louis XIV, un Napoléon, les esprits légers ou fascinés par le succès se plaisent à voir dans ces concentrations de puissance une nécessité civilisatrice, — dans ces débordemens d’omnipotence un type auquel tout se coordonne, une sorte d’idéal de gouvernement. Ce n’est au contraire qu’une exception décevante, un violent phénomène moral et politique bientôt suivi d’inévitables désastres.

D’autres régimes ont assurément leurs faiblesses et leurs mauvais jours; mais ils ont en eux-mêmes une force réparatrice, et les défaillances par lesquelles ils passent ne sont que d’un instant, parce qu’ils n’altèrent pas les sources de l’activité humaine. Le pouvoir absolu a cela de caractéristique que ses bonnes fortunes